mardi 5 août 2014

Procter & Gamble prépare un grand ménage dans ses marques

Le géant américain prévoit d’arrêter ou de céder une centaine de marques pour relancer sa croissance.


Le portefeuille de Procter & Gamble est très étendu, avec de nombreuses marques grand public.

Le plan choc d’A. G. Lafley pour Procter & Gamble a bien eu un impact sur les bénéfices du groupe, mais pas encore sur les ventes, toujours atones. Pour relancer la croissance du géant américain, le dirigeant, appelé à la rescousse il y a un peu plus d’un an , prévoit de faire un grand ménage dans ses marques pour se concentrer sur celles qui sont le plus prometteuses. Le fabricant de la lessive Ariel veut se concentrer sur « 70 à 80 marques » stratégiques et prévoit de« mettre dans un partenariat, arrêter ou vendre les 90 à 100 marques restantes », a déclaré A. G. Lafley lors d’une téléconférence avec des analystes, sans donner plus de détails sur les marques concernées.

Celles qui seront conservées représentent 90 % du chiffre d’affaires du groupe et 95 % des bénéfices sur les trois dernières années. Chez Procter & Gamble, 23 marques affichent un chiffre d’affaires compris entre 1 milliard et 10 milliards de dollars. Les autres se situent plutôt entre 100 et 500 millions de dollars. Le portefeuille de Procter & Gamble est très étendu, avec de nombreuses marques grand public comme les produits pour le linge Bonux, Tide, Ariel, Dash et Lenor, ceux de ménage Mr. Propre et Swiffer, les désodorisants Febreze, les piles Duracell ou encore les shampoings Pantene, Herbal Essences, Head & Shoulders et les couches Pampers. Le groupe vient de boucler la vente de sa branche d’aliments pour animaux, cédée au fabricant de barres chocolatées Mars.
Un groupe moins complexe

« Nous allons devenir un groupe plus petit et moins complexe, qui sera plus facile à opérer­ », a justifié A. G. Lafley. Selon lui, cette nouvelle approche, qui passera aussi par « une rationalisation importante des lignes de produits à l’intérieur des marques », permettra de mieux cibler les investissements dans l’innovation ou le marketing et de simplifier les plates-formes de pro­duction. A cette annonce, l’action a pris 3 % à la Bourse de New York. Le PDG espère, en particulier, pouvoir « accélérer et dépasser le plan d’économies ». Procter & Gamble en est à la troisième année d’un programme de réduction de coûts de 10 milliards de dollars en cinq ans, qui passe notamment par des remaniements de sa chaîne de production ou un marketing plus efficace. Le groupe a déjà dépassé son objectif de réduire ses effectifs non manufacturiers de 10 %.

Les efforts déjà consentis sur les coûts ont permis d’améliorer les bénéfices sur l’exercice fiscal clos fin juin, dont les résultats étaient publiés vendredi. Le bénéfice net est en hausse de 3 %, à 11,6 milliards de dollars sur l’ensemble de l’année, et de 38 %, à 2,6 milliards de dollars au quatrième trimestre, d’avril à juin. Le bénéfice par action, qui fait référence pour les analystes, a dépassé de 4 cents les attentes du marché.

Les ventes en revanche ne décollent pas. Le chiffre d’affaires a progressé de seulement 1 % sur l’ensemble de l’année, à 83,1 milliards de dollars. Sur le seul quatrième trimestre, il a accusé un recul de 20,2 milliards de dollars. C’est moins que ce qu’attendaient les analystes (20,5 milliards). 

Les Echos, 04/08/14

En savoir plus sur :
http://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/0203682559227-procter-gamble-prepare-un-grand-menage-dans-ses-marques-1030106.php?AiO56WxM0Jysxj1Q.99


Les fonds vautours, rapaces attirés par les pays en difficulté


jeudi 31 juillet 2014

Comment réussir sa rentrée en classe prépa ?

Cours nombreux, oraux hebdomadaires – les « khôlles » - devoirs sur table de quatre à six heures qui se tiennent presque chaque samedi matin... la classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE) est une formation exigeante. Une réputation qui effraie parfois les bacheliers qui ont choisi cette voie d'excellence.


Mais, toute difficile qu'elle est, la CPGE constitue, aux dires de la plupart des anciens élèves, un cursus enrichissant et souvent source d'épanouissement en même temps qu'un tremplin vers des établissements prestigieux. A bientôt un mois de la rentrée, voici quelques conseils pratiques pour bien aborder la prépa et tirer un profit maximal des enseignements. 
Se familiariser avec le programme

Entre le mois de juin et le mois de juillet, chaque lycée envoie à ses futurs élèves le programme de l'année dans chaque matière ou, à défaut, une liste d'ouvrages qui permettront d'appréhender au mieux les problématiques abordées au cours de la formation. En plus d'une bibliographie fournie, le lycée Joffre, à Montpellier, propose par exemple à ses étudiants de prépa économique et commerciale voie scientifique quelques précieux conseils méthodologiques, en particulier en ce qui concerne la prise de notes lors des lectures. « La prise de notes doit être claire, faire saisir l'essentiel », lit-on ainsi sur la plaquette introductive consultable sur le site Internet de l'établissement.

En philosophie, en littérature, en histoire, en langues comme en culture générale,« avoir lu les œuvres au programme reste le B-A BA, rappelle Christophe Bigot, professeur en classe préparatoire scientifique au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Et quand je dis lire, cela suppose deux lectures, la première cursive, sans prise de notes, et la seconde crayon à la main. » Il s'agira pour l'étudiant de pouvoir effectuer« son propre résumé de l'œuvre » ainsi qu'« un relevé de citations en rapport avec le thème au programme ».
Assurer ses acquis et combler ses lacunes

Formation pluridisciplinaire par excellence, la CPGE exige de ses étudiants une capacité importante à mobiliser des savoirs. Pour être efficace et ne pas se sentir perdu dans une matière, les vacances sont l'occasion d'assurer ses acquis et de combler ses lacunes. Juliette Belliard, qui a fait son hypokhâgne au lycée Montaigne de Bordeaux entre 2008 et 2009, confie avoir « relu attentivement [s]es cours de philosophie de terminale avant la rentrée ».

Quelle que soit la matière, il est nécessaire de s'assurer que l'on maîtrise le vocabulaire. « Je n'ai commencé à tenir un lexique qu'en milieu de première année de prépa, cela m'aurait pourtant bien servi de le faire avant », regrette Juliette Belliard, qui, alors qu'elle envisage de passer l'agrégation d'anglais en 2015, met encore à jour son répertoire. Dans ce fichier Word, elle note non seulement la définition des termes inconnus, mais aussi celle des mots qu'elle n'est pas certaine de maîtriser complètement. Une méthode simple mais qui a fait ses preuves pour beaucoup d'étudiants.

Clémentine Berthelot, passée par une prépa au lycée Malherbe de Caen entre 2008 et 2010 préconise d'entrer en contact avec d'ex-étudiants de CPGE : « Rien ne remplace les conseils d'anciens élèves pour avoir une idée du contenu des enseignements et prendre conscience du travail à fournir. » C'est, d'après elle, la meilleure façon d'aborder la rentrée avec sérénité. « J'imagine mal quelqu'un débarquer à la rentrée sans savoir de quoi il s'agit », dit-elle avec humour.
Dès la rentrée, savoir se détendre

Tous les élèves qui ont réussi leur prépa le diront, il est essentiel de garder une activité extra-scolaire. « Il faut se ménager des places de détente, de repos et de sport dans la mesure du possible », conseille Christophe Bigot. A chacun sa méthode. Pour Juliette Belliard, « il fallait garder quelque chose qui n'avait rien à voir avec la prépa, et pour moi, c'était la musique, en particulier du violon alto. Cela m'a permis d'aborder les enseignements de manière beaucoup plus zen ». Clémentine Berthelot, elle, a trouvé dans la pratique du tennis de table un exutoire. « Après les khôlles du samedi matin, je participais à des tournois, ça me permettait de souffler et de me vider la tête», confie-t-elle.

« On ne doit pas pour autant tomber dans la démagogie, la prépa comporte nécessairement des sacrifices. Il faut donc apprendre à joindre l'utile à l'agréable et viser l'efficacité », nuance Christophe Bigot, qui conseille pendant les vacances d'écouter « des émissions en podcast comme Les Nouveaux Chemins de la connaissance sur France Culture pour la culture générale » et de « garder un œil sur le monde » en lisant la presse.

Lire aussi notre entretien avec la sociologue Muriel Darmon : Classes prépa, la fabrique des maîtres du temps :

Présentée comme quasi-monacale par ses détracteurs, la CPGE est de fait une formation sélective. « Cela peut tenir de l'évidence, mais il est bon de rappeler qu'il faut arriver à la rentrée en état de fonctionnement, pas épuisé », indique Christophe Bigot. Savourer ses vacances se révèle donc aussi précieux que les révisions.




Le Monde.fr, le 30.07.2014

mercredi 30 juillet 2014

Concurrence : 160,5 millions d'euros d'amendes en 2013

L'Autorité de la concurrence présentait ce matin son bilan annuel.Il n'y a pas eu d'amendes de plus de 100 millions d'euros mais le contrôle des concentrations reste soutenu.Les professions réglementées dans le viseur en 2014. 96% des décisions de contrôle de concentration ont donnée leur feu vert aux entreprises concernées. 


Concurrence : moins d'amendes infligées en 2013

L'Autorité de la concurrence, qui présente ce matin son rapport annuel et dont « Les Echos » ont obtenu copie, avait ces dernières années prononcé des amendes record contre certains secteurs. On se souvient des 368 millions d'euros infligés au cartel des lessives en 2011, une décision confirmée par la cour d'appel de Paris. Ou encore des 385 millions d'euros dont a écopé le secteur bancaire en 2010. L'an dernier, aucune affaire aussi retentissante, du moins sur le montant des sanctions prononcées. L'amende la plus importante s'élève à 79 millions d'euros et concerne les distributeurs de produits chimiques (lire ci-dessous). Des entreprises aussi diverses que le groupe de presse Amaury, les éleveurs de porcs bretons ou encore les producteurs d'électricité photovoltaïque ont été sanctionnés en 2013. Au total, le montant des amendes (dont certaines restent pendantes à une décision de justice) s'est élevé l'an dernier à 160,5 millions d'euros (contre 540,5 en 2012). Signe d'une clémence particulière de l'autorité en temps de crise ? Pas vraiment. Si des sanctions ont pu être diminuées au regard des difficultés que peuvent rencontrer certains secteurs (le groupe Amaury a vu ainsi son amende réduite de 60 %), la moyenne glissante des amendes sur les dix dernières années tourne autour de 350 millions d'euros. Il s'agit donc plus d'un aléa de calendrier qui a fait de 2013 une année creuse que d'un retournement dans la stratégie de l'autorité.
Sous la loupe : les professions réglementées

L'activité de contrôle des concentrations d'entreprises, qui est l'autre pilier de l'Autorité de la concurrence, est restée très soutenue, puisque 201 décisions ont été prononcées en 2013. Et l'année 2014 s'annonce très chargée également car les fusions-acquisitions semblent bien reparties à la hausse si l'on en croit le nombre de dossiers qui arrivent ces derniers mois sur le bureau de son président, Bruno Lasserre. L'Autorité est d'ailleurs la plus active en Europe parmi toutes les autres instances nationales chargées du respect de la concurrence. Sur le volet du contrôle des concentrations, 96 % des décisions ont donné lieu à un feu vert inconditionné et 4 % à une autorisation sous condition, comme ce fut le cas pour la prise de contrôle de Monoprix par Casino. Aucune concentration n'a été totalement retoquée cette année par l'Autorité : cela n'a jamais été le cas depuis 2009.

Parmi les sujets qui ont mobilisé les membres du collège en 2013 et sur lesquels leur détermination ne devrait pas faiblir en 2014, figure le dossier de la réparation automobile. Les constructeurs automobiles ont en effet le monopole, de par la loi, de la distribution de la plupart des pièces détachées. Or ce sont des biens dont le poids a beaucoup augmenté dans le budget des ménages depuis dix ans, si l'on en croit l'Insee. Cette situation est jugée anticoncurrentielle par l'Autorité mais seule la loi peut la faire changer. L'Autorité de la concurrence a également publié un avis remarqué sur le développement du transport par autocar, qui reste très limité en France. Autre sujet de mobilisation à venir : les professions réglementées, en premier lieu les notaires, huissiers ou encore greffiers des tribunaux de commerce. L'Autorité a été saisie pour avis il y a moins d'un mois par Bercy et Arnaud Montebourg, le ministre de l'Economie, ne cache pas son intention de casser les rentes d'un certain nombre d'acteurs. Ce devrait d'ailleurs être un des axes du discours qu'il doit prononcer cet après-midi.
Les chiffres clefs
Le montant des amendes infligées en 2013.de concentration ont donné leur feu vert aux entreprises concernées.


En savoir plus sur http://business.lesechos.fr/directions-generales/0203630717794-concurrence-moins-d-amendes-infligees-en-2013-101554.php?bWwQj64wd4LwOtMb.99

Les Echos, 10/07/14

« Le management participatif, c’est bon pour tous les salariés et les dirigeants ! », par Mark Smith (GEM)

Pour les employeurs, le retour sur investissement d’un management participatif est significatif.

SERIE D’ETE « A dire d’expert » (1/4).

Quand ils sont associés aux pratiques de management participatif, les salariés les plus vulnérables bénéficient de meilleures conditions de travail. Et leur employeur s’y retrouve...


L’article* de Mark Smith, directeur de l’Ecole doctorale de Grenoble Ecole de Management et professeur associé au département Homme, Organisations et Société exploite les résultats d’une étude auprès de 29 000 salariés, dans 27 pays européens. Il considère comme « vulnérables » les personnes faiblement qualifiées et les femmes. Il montre en effet que ces deux catégories de salariés supportent des conditions de travail plus difficiles que les autres : environnement bruyant et/ou à risques, cadences élevées, changements d’horaires fréquents, faibles perspectives d’évolution...

Ces salariés vulnérables sont aussi moins consultés sur l’organisation du travail et l’amélioration des conditions de travail. Moins de 20 % d’entre eux (contre 31 % des salariés à haut niveau de qualification) ont accès à toutes les pratiques de management participatif : communication interne, groupes de travail, boîtes à idées, comités consultatifs, actionnariat d’entreprise etc.
Les salariés vulnérables sont eux aussi des bons « problem solvers »

Pourquoi cette situation ? Parce qu’il y a davantage de femmes et de salariés peu qualifiés dans les entreprises et les secteurs d’activité (hôtellerie, restauration, distribution) qui vivent sous la pression permanente du client et pratiquent peu le management participatif. Mais aussi parce que l’apport des salariés vulnérables à la résolution de problèmes et à l’amélioration de la performance est jugé moins riche, moins utile à l’entreprise.

Or, il n’en est rien. Dans les entreprises qui associent les salariés vulnérables au management participatif, ces derniers bénéficient de bien meilleures conditions de travail ; et ils en bénéficient tout autant que les autres salariés. « De meilleures conditions de travail, cela signifie moins de stress, moins d’accidents, moins d’absences maladie, moins de turnover,rappelle Mark Smith. Pour les employeurs, le retour sur investissement est significatif . »

Autres enseignements de l’article : quand le management participatif existe, les conditions de travail sont meilleures à tous points de vue, et pas seulement sur certains aspects. De même, les conditions de travail sont meilleures quand tous les outils de management participatif sont activés, et pas uniquement certains d’entre eux. Les entreprises ont donc intérêt à miser pleinement sur ce cercle vertueux 

En savoir plus sur http://business.lesechos.fr/directions-generales/0203601143430-le-management-participatif-c-est-bon-pour-tous-les-salaries-et-les-dirigeants-par-mark-smith-gem-101629.php?LDJesVvK2QqD5Ekp.99

LES ECHOS | 23/07 | 09:30

mardi 29 juillet 2014

Du crayon rouge au délibéré, itinéraire d'une note au bac

Nicolas Gerboulet a rangé son crayon rouge. Les notes posées sur 120 copies du baccalauréat par ce professeur de philosophie ont rejoint la grande base du ministère de l'éducation. A peine une journée après le rattrapage du dernier lycéen, les services statistiques ont évalué à 87,9 % le taux de réussite au bac 2014 – un record – et cartographié la France bachelière. En amont, les notes mises par le professeur de philosophie du lycée Pierre-de-la-Ramée à Saint-Quentin (Aisne) ont vécu une véritable saga : les notes font, avant la proclamation des résultats, l'objet d'une série de discussions et, éventuellement, de corrections.












« En philosophie, les élèves ont composé le 16 juin. Le 17, j'ai récupéré mes 120 copies », se souvient M. Gerboulet. Pas question pour lui de se mettre d'emblée à l'ouvrage. Comme l'explique le recteur de l'académie d'Amiens, Bernard Beignier, « la correction du baccalauréat est un travail de cordée ; pas une randonnée en solitaire ». Le premier rendez-vous est la commission d'entente, le 19 juin. « En attendant, j'ai regardé les quatre copies tests numérisées par notre inspecteur, pensé une correction et une note », explique le professeur.

Ces copies tests sont la base de discussion des commissions d'entente. « Nous étions une trentaine dans mon groupe, tous correcteurs de la même série technologique. Chacun a mis ses notes au tableau pour les quatre devoirs. L'écart maximum était de deux points… »

COMMISSION D'HARMONISATION

Rassuré sur son degré de sévérité, chacun est reparti et Nicolas Gerboulet a étalé dissertations et commentaires de texte dans son appartement. Crayon rouge en main, il a annoté ses quinze copies quotidiennes. Pour la note, il a préféré le crayon à papier. « Une note prend son sens par rapport aux autres. Je peux revenir dessus après lecture d'autres copies. D'autant qu'une note au bac n'est pas une note d'année. Un 14 dans l'année – manière de dire à l'élève qu'il doit encore progresser – devient un 16 ou un 17 sur une copie de bac. On y note au vu des attentes de fin de lycée. »

Le 26 juin, pas question pour lui de rater l'autre grand-messe : la commission d'harmonisation. M. Gerboulet y est allé avec le relevé de notes de ses 90 premières copies corrigées. C'est là que l'inspecteur rappelle à l'ordre un correcteur égaré dans une notation trop stricte. Mais, dans la petite académie d'Amiens, deux paires d'yeux scrutent en amont les résultats. « Si un correcteur met des notes très en dessous ou très au-dessus des autres, nous alertons l'inspecteur chargé de la discipline. A lui de décider s'il y a ou non problème », rappelle Sophie Luquet, la responsable du service des concours et examens du rectorat.


Frédéric Kuncze, le responsable du bac, et elle ont à coeur que tous les élèves bénéficient d'un traitement équitable. Grands organisateurs de l'examen, ils sont sûrs de l'homogénéité des lots de copies car chaque paquet provient d'au moins 16 établissements. Ce qui devrait conduire aux mêmes moyennes pour chaque correcteur. Dans le cas contraire, et si un professeur refuse d'entendre les recommandations de son inspecteur, il a toute chance d'être « oublié » l'année suivante à l'heure des convocations au bac.

LA CHASSE AUX NOTES

Après cette commission, Mme Luquet commence vite sa « chasse aux notes ». « Pour s'assurer qu'on aura tout le lundi 30 juin, j'appelle ceux qui n'ont pas rempli leurs tableaux de résultats », ajoute-t-elle. C'est le moment où M. Gerboulet jette un oeil aux moyennes de ses confrères, pour voir si son 9,2/20 ne détonne pas.

Avant la journée de délibération du 3 juillet, moment crucial où les jurys décident du sort de chaque candidat, le recteur Bernard Beignier ne ménage pas son énergie. « J'ai réuni solennellement mes 300 présidents et vice-présidents de jury pour leur rappeler l'importance de leurs délibérations. Délibérer, ce n'est pas additionner des notes. Un jury prend des décisions qui auront des conséquences sur des destins. Je demande une attention particulière pour l'attribution des mentions, la décision de donner le bac ou non », ajoute-t-il.


Cette année, M. Gerboulet a effacé six notes sur ses copies durant les délibérations pour les monter d'un point. « Il est normal qu'un élève qui a 11,8 de moyenne et un bon livret scolaire puisse passer à 12 et décrocher une mention, et qu'un autre méritant mais à 7,9 de moyenne puisse avoir 8 pour tenter le rattrapage », rappelle l'enseignant. En la matière, le jury est souverain. Mais une fois le PV de délibération signé, rien ne bouge plus. Et les notes repartent pour la DEPP, la direction de l'évaluation de la prospective et de la performance, au ministère de l'éducation, à Paris.

« AVOIR UN PAYSAGE DU BAC »

Là, les bureaux 553 et 555 du bâtiment studieux de la rue Dutot sont sur la brèche. Sylvie Le Laidier surveille les colonnes qui se remplissent. L'académie d'Amiens, bonne élève, a donné tôt ses résultats. Les notes de M.Gerboulet sont prêtes à se mêler à celles venues de tout le pays, pour ressortir en taux de réussite, en nombre de mentions. Au fur et à mesure que le rattrapage avance, Mme Le Laidier flaire la tendance de l'année, repère aussi qui va être rappelé à l'ordre.

Mercredi 9 juillet, à 23h30, il lui manque les résultats du rattrapage en Martinique.« Sur les trente académies, il est bien rare qu'il n'y ait pas un problème. On a eu l'ouragan en Martinique une année, la foudre sur le rectorat de Nancy une autre », rappelle Catherine Moisan, la directrice.

A 13h30 – 7h30 en Martinique –, jeudi 10, un coup de fil permet de récupérer les derniers chiffres. « Après, ça va vite. On lance les programmes et on obtient notre taux de réussite, notre taux de bacheliers dans une génération et toutes les moyennes dont nous avons besoin pour avoir un paysage du bac », explique Mme Le Laidier.

C'est là que le « mammouth » – surnom donné à l'administration de l'éducation par l'ex-ministre Claude Allègre – devient gazelle. En deux heures, les quatre pages de la « Note d'information sur le bac » sont rédigées, le 10juillet, et la géographie du bac 2014 cartographiée. Dans le bureau de Mme Moisan, ils sont six à corriger le texte, choisir les graphiques et imaginer les cartes qui raconteront le mieux la session 2014. Ça va vite, même si un recomptage oblige à changer quelques pourcentages en catastrophe. Et même si l'ordinateur du maquettiste rend l'âme en plein bouclage, la note d'information sort à l'heure. En hommage aux 4 000 correcteurs qui ont sué sur les copies. Et aux 624 700 reçus de la session.

Maryline Baumard
Le Monde, 11 Juillet 2014

L'université Paris-Dauphine opte définitivement pour la sélection

Alors que le débat sur la sélection a resurgi à plusieurs reprises ces dernières semaines, Paris-Dauphine persiste et signe dans sa politique. L'université, qui a entamé sa mutation en 2004 en devenant un grand établissement — lui permettant justement de sélectionner ses étudiants —, est obligée de modifier la dénomination des diplômes de licence qu'elle délivre.


Mardi 15 juillet, un conseil d'administration a voté le passage des diplômes nationaux de licence délivrés en diplômes dérogatoires de grade licence pour ses formations en premier cycle. 


Depuis 2004, Paris-Dauphine sélectionne ses étudiants en première année de licence. A l'issue des deux premières années, ces derniers entrent en L3 afin d'obtenir un diplôme national. Ces licences de troisième année sont appelées des licences suspendues.

DES DIPLÔMES DE MÊME QUALITÉ

Or, un avis du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (Cneser) du 26 mai avait souligné l'incompatibilité entre la délivrance de diplômes nationaux de licence et la sélection à l'entrée des parcours de premier cycle. « Le ministère nous a dit que nous n'avions qu'à transformer nos licences nationales en licences d'établissement donnant le grade de licence », indique Laurent Batsch, président de Paris-Dauphine.

De fait, dans le contrat quinquennal signé avec le ministère de l'enseignement supérieur, une petite phrase permettra à l'université de se mettre en conformité avec sa politique : « L'université déposera à la Dgesip [direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle] un dossier de demande de reconnaissance de grade de licence pour ses diplômes d'établissement de premier cycle à compter de la rentrée 2015. »

Concrètement, qu'est-ce que cela change pour les étudiants ? « Rien, assure Laurent Batsch. Les étudiants pourront sans problème faire valoir leur diplôme de grade licence pour entrer en master. » L'article 613-1 du code de l'éducation dispose que « les diplômes nationaux délivrés par les établissements sont ceux qui confèrent l'un des grades ou titres universitaires dont la liste est établie par décret pris sur avis du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche. » Et les diplômes « qui confèrent le grade » ont la même qualité que les « diplômes nationaux », mais pas la même contrainte de non-sélection.

POSSIBLE ENVOLÉE DES DROITS D'INSCRIPTION

« Toute cette affaire vient du fait que nous avons été mis en demeure de renoncer à la sélection par le Cneser. Cela nous a donc obligé à choisir entre la sélection ou modifier l'appellation de nos diplômes. Nous avons choisi », insiste Laurent Batsch.

L'UNEF-Dauphine s'inquiète d'une possible envolée des droits d'inscription. « Après l'introduction des frais progressifs liés aux revenus des familles pour de nombreux diplômes d'établissement de niveau master dès 2010 et leur augmentation significative en mars, la direction de l'établissement poursuit dans sa volonté de s'éloigner du modèle universitaire pour se rapprocher de celui d'école de commerce en imposant des diplômes aux coûts très élevés, dès le premier cycle d'études », écrit le syndicat étudiant dans un communiqué.


L'organisation promet de rester « vigilant » pour que ces modifications ne se « traduisent pas pour les étudiants par une augmentation du coûts de leur scolarité, ni par l'introduction des mêmes barèmes progressifs que ceux appliqués aux masters de Paris-Dauphine ».

En licence, les frais d'inscription s'élèvent pour l'instant à 520 euros contre 184 euros dans les autres universités. « Ce sont les départements concernés [gestion, mathématiques informatique] qui décideront d'augmenter ou pas », indique Laurent Batsch.

Nathalie Brafman
Le Monde, 18/07/2014