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mardi 6 octobre 2015

PSA étudie un partenariat avec Tata Motors en Inde

PSA Peugeot Citröen envisage de nouer un partenariat avec le constructeurautomobile indien Tata Motors pour la fabrication et la vente de ses modèles en Inde d'où il est absent depuis une vingtaine d'années, affirme lundi le quotidien Economic Times.
Une chaîne d'assemblage pour la Peugeot 308 à Sochaux,

Le constructeur français pourrait confier la production de plusieurs modèles à Tata qui dispose de capacités disponibles dans son usine de Sanand dans le Gujarat (ouest) en raison de l'échec commercial de la Nano, son petit modèle à très bas prix, ajoute le quotidien qui cite des personnes proches du dossier.

PSA étudie la possibilité de lancer la Peugeot 208, la 308 et la 2008 en Inde, poursuit le journal. Le groupe français examinerait également un partage de technologie en matière de moteurs avec son partenaire.

Le titre Tata Motors montait en milieu de journée de 6,58% à 316,55 roupies à la Bourse de Bombay, dans un marché en hausse de 1,49%.

Le projet d'implantation du groupe français en Inde n'est pas le premier: au milieu des années 1990, il y a assemblé des 309 dans le cadre d'un partenariat avec la société indienne PAL mais les ventes n'étant pas au rendez-vous, il avait fini par jeter l'éponge et se retirer en 1997. 

Un porte-parole de PSA a refusé de confirmer les propos de l'article en question.
"Nous avons créé en 2014 une organisation par région, la création d'une région Inde-Pacifique montre l'importance du marché indien pour PSA. Mais à ce jour, il n'y pas de décision pour un retour rapide en Inde", a-t-il déclaré à l'AFP.
Un porte-parole de Tata Motors a de son côté refusé de commenter l'information.
Tata Motors a annoncé en août une chute de 56% de son bénéfice net trimestriel en raison des faibles résultats de sa branche britannique de luxe Jaguar Land Rover (JLR) et de la stagnation de ses ventes sur le marché intérieur.

jeudi 1 octobre 2015

Baisse des taux d’intérêt en Inde pour soutenir la croissance

C’est une décision que New Delhi attendait avec impatience. La Reserve Bank of India (RBI, banque centrale) a baissé, mardi 29 septembre, son taux d’intérêt directeur, pour la quatrième fois cette année. « Une reprise économique hésitante est en cours, qui est encore loin d’être robuste », a justifié le gouverneur de l’institution, Raghuram Rajan, dans sa déclaration de politique monétaire. L’institut monétaire justifie également sa décision par celle de la Réserve fédérale américaine (Fed), en septembre, de retarderla hausse de ses taux d’intérêt directeurs.

L’analyse des indicateurs sur les fronts de l’inflation, du niveau de précipitations lors de la mousson, et de la conjoncture économique internationale a conduit à cette baisse des taux, plus importante que prévue. En effet, la RBI a réduit le loyer de l’argent d’un demi point à 6,75 % quand les marchés tablaient plutôt sur une baisse d’un quart de point. Le principal argument de la banque centrale indienne est donc à chercher du côté des prix. L’inflation a été contenue au ­dessous du seuil jugé acceptable des 4 % en août, grâce notamment aux faibles cours du pétrole brut dont l’Inde est nette importatrice, et ne devrait pas dépasser les 6 % d’ici le mois de janvier.

Le risque de la valse des étiquettes écarté, la RBI disposait donc d’une marge de manœuvre importante pour abaisser son taux d’intérêt directeur et espérer doper encore un peu plus la croissance de l’économie Indienne, encore fragile, qui demeure tout de même la plus élevée parmi les pays émergents. Le produit intérieur brut (PIB) indien a fléchi au deuxième trimestre à 7 % contre 7,5 % le trimestre précédent. Soulagement du gouvernement Dans sa déclaration de politique monétaire, la banque centrale précise que « la croissance globale est plus modérée, particulièrement dans les économies de marché émergentes » et que « le commerce mondial s’est encore détérioré. »

L’Inde espère donc compenser la baisse de ses exportations par une hausse de la demande domestique, via la baisse des taux d’intérêt. « Nous devons recommencer à investir . Les investissements des entreprises ont été faibles », a souligné M. Rajan. L’annonce de la baisse des taux a été accueillie avec soulagement par le gouvernement Indien. « Elle va accélérer les investissements et la croissance », a déclaré le ministre des finances , Arun Jaitley. A la mi­ septembre, ce dernier avait exhorté le gouverneur de la banque centrale à baisser ses taux, au prétexte que « l’inflation était sous contrôle. » Il était même question que New Delhi mette en place un « comité monétaire », sous son autorité, pour superviser les activités de la banque centrale, menaçant par là même son indépendance, avant qu’il n’y renonce finalement.

Désormais le gouvernement et la RBI partagent le même objectif : la relance de la croissance, avant la lutte contre l’inflation. Siddharth Nath Singh, l’un des dirigeants du Bharatiya Janta Party, le parti au pouvoir , estime que la baisse des taux d’intérêt va « aider les rêves de beaucoup de devenir propriétaires de leurs maisons » et favoriser la relance du secteur de l’immobilier 

Les milieux d’affaire ont aussi salué cette décision et l’indice phare de la Bourse de Bombay, le Sensex, a terminé en hausse en fin de journée. La baisse des taux va enfin faciliter la tâche du premier ministre indien, Narendra Modi, qui tente de convaincre les grands groupes du pays d’augmenter leurs investissements, malgré leur niveau élevé d’endettement. Ce sont surtout les investissements étrangers qui ont augmenté en 2014, avec une hausse de près de 49 %.

Le Monde.fr le 30.09.2015

lundi 21 septembre 2015

Croissance rapide: Rajan met en garde l'Inde

Le gouverneur de la banque centrale indienne (RBI) a mis en garde aujourd'hui contre la tentation pour l'Inde d'une croissance trop rapide, prenant en exemple les déboires actuels du Brésil.

La troisième économie d'Asie doit viser "une croissance durable", fondée sur une inflation basse, a estimé Raghuram Rajan.

"Aussi paradoxal que cela puisse sembler, le Brésil a voulu croître trop vite", a dit le gouverneur devant un parterre de patrons à Bombay, rappelant que l'économie brésilienne pourrait se contracter de 3% cette année, cinq ans après une croissance record de 7,6%. L'Inde, qui connait une croissance d'environ 7% actuellement, affiche les performances les plus solides parmi les cinq grands pays émergents regroupés sous l'acronyme Brics.

Le Brésil et la Russie s'enfoncent dans la récession qui menace également l'Afrique du sud, tandis que la Chine a connu une croissance de 7,3% en 2014, la plus faible depuis 24 ans, et son rythme devrait encore ralentir cette année.

L'Inde "apparait comme un îlot de calme relatif dans un océan de turbulences", a dit Rajan, ajoutant que "les autres Brics ont tous des problèmes profonds". "Les difficultés des marchés émergents relèvent d'un éventail compliqué de raisons mais l'une d'entre elles, importante, est l'impatience de renouer avec la croissance en ayant recours à des méthodes de relance anciennes et inefficaces", dit-il. "Le Brésil a probablement trop dépenser et la Chine trop investi", a-t-il ajouté en exemple. Le Premier ministre indien Narendra a remporté les législatives l'an dernier sur un programme de relance de l'économie et de l'emploi, promettant de faciliter les investissements industriels. Si les autres pays émergents dépendant des revenus de vente des matières premières souffrent de la contraction de ces marchés, l'Inde bénéficie au contraire de la baisse des cours du pétrole.

Le gouverneur Rajan a estimé que la croissance brésilienne s'était faite par le biais d'une "relance substantielle" et a suggéré que la pression mise sur la banque centrale pour qu'elle réduise ses taux avait incité des consommateurs à s'endetter au-delà de leur solvabilité. La RBI, qui a placé comme priorité la lutte contre l'inflation depuis l'arrivée du gouverneur Rajan il y a deux ans, se retrouve sous pression du gouvernement et du patronat pour réduire à nouveau ses taux lors de sa prochaine réunion le 29 septembre. "Nous devons avoir une discipline et tenir notre stratégie de construire les institutions nécessaires et de créer un nouveau chemin de croissance durable", a dit Rajan. "Pour cela, nous avons besoin de la compréhension et la coopération des entreprises, pas d'impatience ni de pression pour des remèdes rapides impossibles à trouver", a-t-il ajouté.

Le Figaro,18/09/2015

http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/09/18/97002-20150918FILWWW00143-croissance-rapide-rajan-met-en-garde-l-inde.php

mercredi 2 septembre 2015

Inde : la pression s'accentue sur Narendra Modi

Les résultats économiques ne sont pas à la hauteur des attentes. Le PIB au deuxième trimestre affiche + 7 %.

Les espoirs dont était porteur Narendra Modi lors de son accession au pouvoir il y a quinze mois s'estompent peu à peu. Le Premier ministre n'arrive pas à traduire dans les chiffres sa promesse d'une accélération de la croissance permettant la création de millions d'emplois dans l'industrie manufacturière. Et ce, malgré la modification apportée dans le calcul du PIB qui mécaniquement le réhausse de 1,5 point.

Avec + 7 % de croissance au deuxième trimestre, après + 7,5 % de janvier à mars, les chiffres publiés lundi par le bureau des statistiques traduisent un léger ralentissement de l'économie. Et déçoivent les analystes qui tablaient sur une performance presque équivalente d'un trimestre sur l'autre. « Les résultats publiés ne sont pas cohérents avec un certain nombre d'indicateurs », estime Shilan Shah, économiste de Capital Economics. « Un tel résultat montre qu'il n'y a pas d'accélération dans les secteurs clefs de l'économie », avance pour sa part Madan Sabnavis, économiste de Care Ratings, regrettant que « la hausse des dépenses publiques qui devait donner un coup d'accélérateur ne se retrouve pas dans les chiffres ».
Devant la Chine

L'Inde peut toujours se targuer d'être devant la Chine en termes de croissance. La troisième économie asiatique devrait en effet voir son PIB accélérer de 7,5 % cette année alors que la Chine devrait se contenter de 6,8 % selon le FMI. New Delhi devrait faire également mieux que les pays émergents (+ 4,2 %) ou bien sûr que les pays développés (+ 3,3 %). Mais les risques d'essoufflement sont réels si les réformes tardent à venir.

Les entreprises continuent de dénoncer des obstacles à leur croissance et l'entourage du Premier ministre aimerait voir la banque centrale accélérer le rythme des baisses de taux. Lors de sa réunion d'août, l'institut d'émission a refusé de bouger son taux de base toujours fixé à 7,25 %. Surtout, les réformes-clefs que Narendra Modi voulait faire adopter lors de la session d'été du Parlement ont été à nouveau recalées. Cette session « a été plutôt non productive », estime Pranjul Bhandari, économiste de HSBC Securities. Ainsi, le Premier ministre vient de faire marche arrière sur la réforme agraire sous la pression des lobbies agricoles. A l'origine de la grogne du monde paysan, celui-ci voulait faciliter les acquisitions de terres à des fins d'investissements. Gêné par des affaires de corruption qui le bloquent au Parlement, Narendra Modi voit à présent la pression s'accentuer sur lui, la population lui reprochant de plus en plus son immobilisme.

Cette situation intervient alors que de violentes manifestations viennent de se dérouler dans le Gujarat, l'Etat dont il est issu. Ces violences qui ont fait 9 morts et de nombreux dégâts sonnent comme un autre avertissement pour le pouvoir. Même si les causes sont différentes.

Les Echos, 1/09/2015

dimanche 30 août 2015

L'Inde, le pays où le chômage n'existe pas...

Bienheureux le pays où l'on ne compte pas les chômeurs. Sauf que ne pas disposer de thermomètre n'empêche pas d'avoir la fièvre.


On imagine sans peine à quel point le gouvernement français (et bien d'autres) en rêverait : échapper au traumatisme mensuel des chiffres du chômage parce qu'ils ne sont pas calculés... C'est la situation qui prévaut en Inde où l'on ne connaît pas le taux de chômage et où la question est à peu près absente du discours politique ou médiatique.

En cherchant bien, à dire vrai, on trouve un taux de chômage officiel, calculé... tous les cinq ans sur la base d'une collecte de chiffres à l'échelle du pays, le National Sample Survey. Les derniers chiffres remontent aux douze mois allant de juillet 2009 à juin 2010, et font état d'un taux de chômage pour l'Inde de 3 %. Un chiffre tellement faible que les économistes lui accordent une crédibilité nulle...

L'absence de données sur une composante aussi essentielle s'explique par plusieurs facteurs. « Historiquement, il n'y a eu aucun effort pour collecter ces informations parce que l'on pensait que l'agriculture absorberait toute la main-d'oeuvre », raconte Rajat Kathuria, directeur général du think-tank économique Icrier. Ensuite, dans les économies émergentes les notions d'emploi et de chômage peuvent être brouillées. « Quand il y a une vaste économie informelle, le chômage n'est pas un critère très pertinent, expliquait le vice-président du Plan, Montek Singh Ahluwalia, dans une conférence, on peut très bien continuer à s'occuper de sa ferme ou de sa boutique alors que son revenu s'est effondré. » Une idée exprimée un peu différemment par l'économiste Rajiv Kumar, ancien secrétaire général de l'organisation patronale Ficci : « Il y a une vieille plaisanterie : en Inde, personne n'a suffisamment de moyens pour se permettre d'être au chômage ! » En l'absence de toute indemnisation, quand il faut nourrir sa famille, on trouve toujours un job occasionnel, aussi misérable soit-il, si bien que l'oisiveté totale est rare. Troisième raison, enfin : la complexité de la collecte des données dans un immense pays de 1,2 milliard d'habitants. Il n'en demeure pas moins que l'indisponibilité de mesure fiable « est une honte pour les économistes, je plaide coupable ! », lance Rajiv Kumar, pour qui cette absence est d'autant plus dramatique que l'emploi « est le plus gros problème auquel nous sommes confrontés ! ».

La réalité du terrain est en effet très éloignée du plein-emploi. Le vrai problème, affirme Denis Medvedev, économiste de la Banque mondiale à Delhi, « c'est le sous-emploi qui est très élevé : les gens travaillent-ils assez d'heures ? Gagnent-ils un revenu suffisant ? » Les anecdotes abondent sur le chômage réel : tel économiste évoque les innombrables hommes assis à ne rien faire dans les rues des petites villes et des villages; tel autre raconte comment des instituts de formation en province engagent des diplômés de l'université comme enseignants pour 4.000 roupies par mois (56 euros), parce que ces jeunes ne trouvent rien d'autre. Le mois dernier, le recrutement de 1.500 employés par SBI, plus grosse banque du pays, a suscité 1,7 million de candidatures... Au total, il y aurait donc bien un très gros problème de sous-emploi dans le pays, que l'on peut aussi appréhender via l'énorme proportion de travailleurs « indépendants », évaluée à 51 % du total par la Banque mondiale.

A défaut de chiffres sur le chômage, ceux sur les créations d'emplois ne laissent pas d'être inquiétants. Une étude du think-tank Institute of Applied Manpower Research affirme qu'après avoir créé 60 millions d'emplois entre 2000 et 2005, l'économie indienne n'en a plus créé que 2,8 millions entre 2005 et 2010. Soulignant que la chute des effectifs dans l'agriculture (normale au stade de développement de l'Inde) a été entièrement absorbée par la construction (emplois précaires et sans qualification), l'institut estime que, a contrario, l'industrie a détruit 5 millions d'emplois entre 2005 et 2010 après en avoir créé 12 millions les cinq années précédentes. Ce qui amène l'IAMR à affirmer que « la croissance phénoménale enregistrée par l'Inde durant les cinq dernières années (2005-2010) a été une croissance sans emploi ».

Le caractère très spectaculaire de ces chiffres conduit certains économistes à douter de leur fiabilité, mais pas de la réalité des tendances. Le « Rapport sur l'économie » établi par le ministère des Finances déplore que « trop de grandes entreprises profitables préfèrent utiliser du personnel temporaire ou des machines plutôt que des salariés formés pour des emplois à long terme ». De fait, les grandes entreprises ne cessent d'augmenter la proportion de leur personnel intérimaire ne bénéficiant d'aucune prestation sociale, par opposition aux salariés de plein exercice. Résultat : 93 % des Indiens qui travaillent le font dans un cadre « informel », c'est-à-dire sans assurance santé, retraite ou autre. Ce qui s'expliquerait notamment par des lois sociales extraordinairement protectrices pour ceux qui ont la chance de bénéficier d'un statut : par exemple, aucune entreprise de plus de 100 salariés ne peut effectuer un licenciement sans l'autorisation de l'administration, ce qui relève de la mission impossible.

Nombre d'experts estiment que d'ores et déjà le taux réel de chômage est peut-être de l'ordre de 20 %. Or la population indienne continue à augmenter et ce sont 10 à 12 millions de nouveaux emplois qu'il faudra créer chaque année, un million par mois... Et si l'Inde n'y parvient pas ? « On dit souvent que les Indiens se satisfont de peu mais c'est une vision romantique, affirme Rajat Kathuria. Les attentes sont aussi fortes ici qu'ailleurs. J'ai peur de ce qui peut se passer. » Pas une si bonne idée que ça, l'absence de thermomètre...


Les points à retenir
En Inde, les derniers chiffres officiels disponibles remontent à 2009-2010, et font état d'un taux de chômage de 3 %, tellement faible que les économistes ne lui accordent aucune crédibilité.
Une étude récente affirme qu'après avoir créé 60 millions d'emplois entre 2000 et 2005, l'économie indienne n'en a plus créé que 2,8 millions les cinq années suivantes.
Nombre d'experts estiment que d'ores et déjà, le taux réel de chômage est de l'ordre de 20 %.

CORRESPONDANT À NEW DELHI PATRICK DE JACQUELOT 

LES ECHOS | LE 23/04/2013

Couleurs de l’Inde, l’épicerie «made in India» unique à Lille


Ils regorgent d’épices, de fruits tropicaux ou de légumes colorés. Leurs vendeurs partagent volontiers recettes et astuces pour vous faire voyager. Nous profitons de l’été pour vous faire découvrir quelques-uns de ces magasins exotiques de la métropole lilloise. Aujourd’hui, une épicerie indienne à Lille...


Le lieu est modeste, mais bien achalandé. Les dieux Shiva et Ganesh veillent sur les différentes sortes de thé, les boîtes d’encens et les dizaines d’épices rangées sur les étagères. « On a de tout, de quoi cuisiner, faire des cadeaux, se maquiller… », assure le gérant de la boutique, également propriétaire du restaurant Saveurs de l’Inde situé rue Solférino. Komalsingh, qui se définit comme « Mauricien d’origine indienne, de Jaipur, mais de nationalité française », a ouvert la boutique il y a huit mois : « Les clients me demandaient souvent où ils pouvaient trouver des épices, du thé, etc. Ça m’a fait tilt. Je me suis dit, pourquoi pas ouvrir une épicerie ? »

Lille3000, la raison du succès

Le Lillois retourne souvent en Inde pour réapprovisionner son magasin en vêtements, bijoux ou cosmétiques. Avec la volonté de proposer des produits « made in India » : « Déjà dans mon restaurant, tout est fait maison. C’est pareil pour la boutique. » Sa clientèle, à 80 % française, vient aussi pour les conseils avisés de ses vendeurs : « C’est incroyable, je ne m’attendais pas à avoir autant de clients amateurs de cuisine indienne. De temps en temps, quelqu’un vient en me disant j’ai envie de faire une grillade tandoori, comment faut faire ? On est là aussi pour expliquer. J’ai également pas mal d’étudiants indiens qui achètent surtout les produits prêts à manger parce qu’ils n’ont souvent pas le temps de cuisiner. »

À quand l’institut de beauté ?

Le succès, Komalsingh le doit, selon lui, à la saison culturelle Bombaysers de Lille3000, en 2006-2007 : « Je me souviens, il y avait des éléphants devant la gare et pendant plusieurs mois, il y a eu des manifestations qui ont donné envie aux Lillois de découvrir l’Inde. » Alors il s’est donné pour mission de proposer « quelque chose de bien ». Pour info, son épouse fait aussi des tatouages au henné et des épilations au fil, sur rendez-vous. À quand l’institut de beauté ?

234, rue Gambetta. Tél. : 03 62 14 15 07.
Ouvert de 11 h à 19 h du lundi au samedi et de 10 h 30 à 14 h 30 le dimanche.

L.V.D.N. le 29/08/2015

vendredi 7 août 2015

Décathlon va implanter des magasins grand public en Inde

Décathlon est déjà présent en Inde à travers le commerce de gros. Grâce à l'assouplissement de la réglementation, la marque vient d'obtenir le feu vert de l'administration indienne pour ouvrir des magasins de détail.



Déjà présent en Chine, où il compte une cinquantaine de points de vente, Décathlon, le géant européen de la distribution d'articles de sport, s'apprête à intensifier sa présence en Asie, cette fois en Inde. Le Foreign Investment Promotion Board, organisme chargé de donner son feu vert aux investissements étrangers dans ce pays, s'est réuni la semaine dernière avec, à l'ordre du jour, quatre dossiers de distributeurs étrangers monomarques, dont trois français.

Tous ont été acceptés, marquant une nette accélération de l'arrivée des distributeurs internationaux depuis l'assouplissement récent de la réglementation. Le gouvernement indien les autorise désormais à détenir 100 % de leur filiale en Inde, au lieu des 51 % maximaux qui prévalaient jusqu'à l'année dernière.


A lire également :


100 millions d'investissement

Le dossier le plus significatif à avoir reçu un feu vert est donc celui de Décathlon. Le FIPB a accepté son projet d'ouverture de magasins pour le grand public, pour un montant d'investissement substantiel, de l'ordre de 100 millions d'euros. Le groupe, filiale de l'Association familiale Mulliez (AFM), n'est pas un nouvel arrivant en Inde. Décathlon mène en effet depuis quelques années une implantation progressive. Ne voulant pas ouvrir son activité à un partenaire indien, il a, pour se faire, choisi la seule voie alors ouverte aux étrangers pour détenir 100 % de leur société en Inde : le commerce de gros, dit « cash & carry ».
Dans ce cadre, Décathlon a ouvert trois magasins, deux à Bangalore et, plus récemment, un à Bombay, accessibles aux commerçants détaillants, aux collectivités, ou encore aux entreprises. Le feu vert de l'administration indienne lui permettra de détenir également 100 % de ses futurs magasins monomarques. Le projet de Décathlon est de loin le plus important depuis le feu vert donné fin janvier au distributeur de meubles suédois Ikea, qui prévoit, lui, 1,5 milliard d'euros d'investissements dans les années à venir.

A savoir :

Promod ouvrira une qinzaine de boutiques en Inde

Du fait de la nouvelle réglementation, « tout le monde dans la distribution monomarque se sent pousser des ailes », constate Sumit Khosla, spécialiste de la distribution au sein de la société de conseil Accuracy. Une situation qui contraste avec le secteur de la grande distribution multimarque, où aucun projet n'a été déposé depuis que l'entrée des opérateurs étrangers dans des entreprises détenues à 51 % y a été autorisée, en septembre dernier. Dans la foulée de sa décision sur Décathlon, le FIPB a autorisé l'entrée en Inde de la marque de vêtements Promod. Celle-ci veut investir 4,5 millions d'euros pour ouvrir une quinzaine de boutiques dans un premier temps. L'enseigne a préféré conserver le modèle traditionnel de la coentreprise et détiendra 51 % des opérations aux côtés de la société indienne Modex Trading. Enfin, le troisième projet français approuvé est celui du fabricant de matériel de cuisine haut de gamme Le Creuset, qui contrôlera totalement son activité en Inde.

Les Echos, 07/2013

samedi 1 août 2015

Avant 2022, les Indiens seront 1,4 milliard, plus nombreux que les Chinois

Dans moins de sept ans, la population de l’Inde devrait dépasser celle de la Chine. Beaucoup plus tôt que prévu. Selon le nouveau rapport des Nations unies, « Perspectives de la population mondiale : révision 2015 », publié mercredi 29 juillet, la Chine et l’Inde aujourd’hui au coude-à-coude avec respectivement 1,38 milliard et 1,31 milliard d’habitants (soit 19 % et 18 % de la population mondiale) devraient l’une et l’autre compter avant 2022 1,4 milliard d’individus.



Mais, passé ce cap, la population chinoise devrait se stabiliser jusqu’en 2030 avant de se mettre doucement à décliner, pour retomber à 1 milliard à la fin du siècle, tandis que la population indienne continuera de croître, passant à 1,5 milliard en 2030 à 1,7 milliard en 2050 et à 1,65 milliard en 2100.

A la fin du siècle, la population planétaire franchira les 11 milliards. Elle devrait atteindre 11,2 milliards d’individus, soit 300 millions de plus que le projetaient en 2012 les démographes de l’ONU, qui ont une nouvelle fois été contraints de revoir à la hausse leurs prévisions.


Cette réévaluation s’explique notamment par les progrès « significatifs »enregistrés sur l’espérance de vie au cours des dernières années, et ce, insistent les démographes, dans toutes les régions du monde. Les gains les plus importants ont été enregistrés en Afrique, où l’espérance de vie s’est accrue de six ans au cours de la dernière décennie.

« Les progrès réalisés dans la lutte contre le sida et en matière de réduction de la mortalité infantile expliquent cette progression », relève François Pelletier, responsable de la division population du département affaires économiques et sociales de l’ONU, qui a réalisé le rapport. « C’est un progrès en termes de mortalité. Face à cette évolution, un des défis va être d’ajuster les systèmes de santé, car les maladies non infectieuses [cancer, maladies cardio-vasculaires, diabète…] ne demandent pas les mêmes soins que les maladies infectieuses », souligne-t-il.

Une croissance ralentie au niveau mondial

Si la croissance de la population mondiale se poursuit, son rythme se ralentit, constatent néanmoins les démographes de l’ONU. De 1,84 % il y a dix ans, sa progression annuelle n’est plus « que » de 1,18 %, soit de 83 millions de personnes par an. De 7,3 milliards en 2015, elle devrait cependant encore gagner au cours des quinze prochaines années plus d’un milliard d’individus, pour atteindre 8,5 milliards en 2030, puis s’élever à 9,7 milliards en 2050 et à 11,2 milliards en 2100.

Le rythme de croissance de la population mondiale dépendra étroitement de l’évolution de la fécondité, soulignent les démographes de l’ONU, qui tablent sur une baisse de celle-ci, y compris en Afrique, constatant qu’elle a déjà reculé ces dernières années dans pratiquement toutes les régions du monde. De 4,7 enfants par femme aujourd’hui, le taux de fécondité sur le continent africain devrait tomber à 3,1 en 2050, et à 2,2 d’ici à la fin du siècle.


En dépit de ce recul attendu de la fécondité, plus de la moitié de la croissance de la population mondiale d’ici à 2050 devrait concerner l’Afrique. Au milieu du siècle, la population du Nigeria devrait dépasser celle des Etats-Unis (388,8 millions), avec 398,5 millions d’habitants, faisant de ce pays la troisième nation la plus peuplée de la planète. L’Angola, le Burundi, la République du Congo, le Malawi, le Mali, le Niger, la Somalie, l’Ouganda, la Tanzanie et la Zambie pourraient, eux, d’ici à 2100, voir leur population quintupler.

A l’opposé, l’Europe est la seule région de la planète qui connaîtra un recul – continu – de sa population. Aujourd’hui sous le seuil de renouvellement des générations (2,1 enfants par femme) dans bien des pays du continent, le taux de fécondité européen devrait se redresser, en passant de 1,6 enfant par femme en moyenne en 2015 à 1,8 enfant par femme en 2050, mais cela n’empêchera pas la baisse de sa population.

LE MONDE, 29.07.2015

vendredi 31 juillet 2015

Pourquoi l'ancien comptoir français de Pondichéry est l'un des endroits où l'on se suicide le plus au monde

Française pendant près de trois siècles, cette enclave paisible, parfois décrite comme un paradis, voit son taux de suicide rivaliser avec celui de la Corée du nord. Sa société est tiraillée entre tradition et modernité.

A Pondichery, en 2009. Sanyam Bahga via Wikimedia Commons.

Elle bute toujours sur quelques mots. Un an après, Priyal* raconte difficilement l’histoire, survenue dans la chaleur et la torpeur de l’été. «Je suis rentrée dans sa chambre. Vishal*s’était pendu.» Son fils, 17 ans, avait reçu deux jours plus tôt des résultats d’examens. Plusieurs étaient mauvais. Il n’a pas supporté.

A Pondichéry, son cas est tristement banal. Le taux de suicide du territoire reste, pour la troisième année consécutive, le plus élevé de l’Inde. Il atteint 35,6 pour 100.000 habitants, selon les derniers chiffres du National Crime Records Bureau (NCRB) datés de 2013, quand la moyenne nationale est de 11 (21,1 d’après l’OMS, qui utilise un mode de calcul différent). Si on pousse la comparaison avec des pays, le chiffre approche des records mondiaux, puisque seuls le Guyana (ex-Guyane anglaise) et la Corée du nord affichent des taux plus élevés.

Pondichéry garde pourtant une seule étiquette en Inde et en France. Celle d’une enclave paisible, devenue une destination touristique de premier plan grâce, entre autres, à ses vestiges de l’histoire coloniale. Le territoire a été un comptoir français entre 1673 et 1954, date de restitution à l’Inde, devenue indépendante en 1947.

La «ville blanche» conserve ainsi des traces fascinantes: immenses villas colorées, noms des rues en français, un calme ahurissant, le képi des policiers, le lycée français... «Mais ça, c’est une toute petite partie. Beaucoup idéalisent Pondichéry. Ce n'est pas le paradis que l'on décrit», conteste Revathy, une étudiante. Le reste de la ville est profondément indien. Bouillonnant, sale, rutilant.

En ce sens, Pondichéry n’échappe pas aux caractéristiques typiques du suicide en Inde, le pays où les 15-29 ans se donnent le plus la mort, selon l’OMS. Si les statistiques indiquent que les «problèmes familiaux» sont responsables de 57,5% des suicides dans l'ancien comptoir français, la réalité est plus nuancée, d'autant que la catégorie est très fourre-tout.«Le suicide est un mélange complexe de plusieurs causes, psychiques et sociales»,rappelle Ravi Rajkumar, professeur au département de psychiatrie de l’institut Jipmer. A l’instar d’un patient à risque, Pondichéry cumule des facteurs, tant nationaux que locaux.

«Les établissements veulent les meilleurs élèves»

L’exemple du jeune Vishal symbolise la pression considérable sur la réussite scolaire en Inde, la croyance dans les diplômes étant très profonde. Elle s’observe d’abord dans la rue. Mi-mai, à Pondichéry, l’école le Petit Séminaire a placardé, à côté de son portail, une affiche géante avec les résultats et photos de ses meilleurs élèves. D’autres instituts se vantent en se payant des pages entières dans les quotidiens.


"L'éducation est un facteur de risque, si l’on exclut les formations les plus prestigieuses
qui débouchent directement sur une carrière " : Roger Establet, sociologue

«La pression est forte de la part des établissements, qui veulent les meilleurs élèves, et aussi des familles par leur exigence de réussite», indique Kasi Kumar, psychologue. Les parents dépensent des sommes vertigineuses pour la scolarité des jeunes, avec notamment beaucoup de cours particuliers. Le marché de l’éducation privée en Inde pourrait atteindre 115 milliards de dollars en 2018.

Et pour les moins bons, il reste le poids de l’échec. La stigmatisation. Plusieurs suicides de lycéens ont été notés après les résultats du mois dernier. Comme chaque été. Dans les coursives silencieuses de l'Université de Pondichéry, une histoire, datant de quelques années, revient souvent. Celle d'une jeune étudiante qui termine huitième à ses examens. Des bonnes notes. Insuffisant pour elle, qui se donne la mort. «Les données sur le suicide et l’éducation suggèrent [...] que l’éducation est un facteur de risque, si l’on exclut les formations les plus prestigieuses qui débouchent directement sur une carrière», résume le sociologue français Roger Establet dans Le Suicide en Inde au début du XXIe siècle.
«Perte de repères»

Les sociologues invoquent Durkheim et sa notion clé. Dans une Inde tiraillée entre traditions patriarcales et mondialisation en accélérée, «de nombreux suicides résultent de la perte de repères et donc d'anomie», selon B.B. Mohanty, professeur au département de sociologie de l’Université de Pondichéry. L’ancien comptoir français est d’ailleurs un bel exemple de cette situation. «On est dans une aire semi-urbaine [1,2 million d’habitants, ndlr], entre le côté tranquille de la campagne et la poussée des grandes villes. Bangalore[considérée comme la "Silicon valley indienne"] a connu une même étape de développement il y a quelques années. Et avait aussi un taux de suicide énorme»,souligne Ravi Rajkumar.

Les Etats du sud de l’Inde, plus développés, comme le Tamil Nadu, le Kerala et donc le territoire de Pondichéry, ont ainsi les taux de suicide les plus élevés depuis de longues années. La transition et la digestion de ces mutations prend du temps. «On est en train de basculer dans une autre société. Ce n’est pas encore complètement fait», philosophe Revathy. L’étudiante, assise au milieu d’une cour paisible de la fac, complète: «Mais pour l’instant, elle reste toujours très inégalitaire envers les femmes.»

Ce n’est pas un scoop: les Indiennes sont victimes de nombreuses violences et discriminations. «Et c’est partout. A l’école, au travail. Puis, il y a la pression autour du mariage. Si la famille n’a pas assez d’argent pour payer la dot, cela peut mener à un suicide», poursuit la jeune femme de 22 ans. Alors que les hommes se suicident beaucoup plus que les femmes en Occident, «l’écart entre les taux masculins et féminins est très faible [en Inde], fluctuant de 1968 à 2008 entre 1,4 et 1,6», écrit Roger Establet. Pondichéry n’échappe pas à cette tendance, même si les femmes restent moins touchées que dans d’autres Etats.


" L’alcoolisme est un véritable problème ici " : Susan Solomon, psychiatre à l’institut médical
de Pondichéry

A côté de Revathy, un ami à elle, Vimal, prend ses airs de gros durs. «Pondichéry est connu pour une chose dans toute l’Inde: l’alcool.» Il n’a pas tort. Se poivrer est très simple, avec des magasins spécialisés à chaque coin de rue et des taxes quasi nulles. Il n’est pas rare de voir des types tituber. Et pour tous, c'est une des causes de l’effrayant taux de suicide de Pondichéry. Dans les zones à l’écart du centre-ville, plus rurales, 42% des hommes de plus de 25 ans sont accros.

«L’alcoolisme est un véritable problème ici. Une majorité de ceux qui survivent à une tentative de suicide nous révèlent être dépendants», affirme Susan Solomon, psychiatre à l’institut médical de Pondichéry (Pims). Elle et ses confrères évaluent à environ 1/3 les suicides «conclus» sous l’influence de l’alcool. «Une situation d’alcoolisme est nocive aussi pour la famille, encore plus en cas de violence. Il y a des cas de suicide parce qu’un proche était alcoolique», ajoute Ravi Rajkumar.
«Ils n'expriment pas leurs sentiments»

Au-delà d’une simple opposition «ville blanche/ville noire», Pondichéry possède d’autres contradictions. Des jeunes viennent de tout le pays pour leurs études supérieures, réputées pour leur qualité. Problème: l’économie n’est pas celle d’une mégalopole et il n’y a pas assez de jobs pour les dizaines de milliers d’étudiants qui sortent diplômés chaque année. «On n’a pas de données exactes sur le chômage, mais on estime qu’il est plus élevé que la moyenne nationale, vu notre statut de Territoire, avec beaucoup d’emplois publics», indique un professeur du département d’économie de l’Université de Pondichéry.

«Ce n’est pas ici que je trouverai du travail. Et les postes ne sont pas forcément attractifs financièrement. Les salaires passent souvent sous la barre des 10.000 roupies [environ 140 euros, ndlr]. Pour un même poste, on sera mieux payé dans une grande ville comme Chennai ou Bangalore», souffle Divya, 21 ans. Le projet de smart city, auquel la France contribuera, pourra-t-il changer la donne? «Il y a plus de concurrence aujourd’hui. Je sais que j’aurai dix fois plus de mal à trouver un travail que mon père», pense Akshaya, 17 ans, résumant le sentiment général. Et ceux qui restent à l’écart du marché de l’emploi peuvent vite entrer en dépression.

Ces soucis économiques ou personnels, les Pondichériens n’en parlent pas. Un trait de caractère bien ancré dans le sud du pays, et encore plus intense dans l’ancien comptoir.«A Pondichéry, les gens paraissent moins stressés et moins agressifs que dans le reste du pays. Mais ça ne veut pas dire que tout va bien pour eux! Ils n’expriment pas leurs sentiments et négligent donc leurs intérêts», estime le psychiatre Ravi Rajkumar.

Le jeune Akshaya, élève à l’Ashram Sri Aurobindo, pousse le raisonnement plus loin.«Entre parents et enfants, il y a peu de dialogue. Les jeunes parlent peu de leur vie personnelle, de leurs problèmes avec eux. Et même avec leurs amis. Il y a beaucoup de tabous», assène-t-il. Les colères et les frustrations restent à l’intérieur. Elles se retournent contre l’individu lui-même, ce qui favorise les dépressions et suicides, selon les médecins.

Et lorsque certains prennent la décision de se confier, il n’y a pas grand monde vers qui se tourner. Il n’y a qu’une seule helpline à Pondicherry: Maitreyi, perdue dans les dédales de la «ville noire», au-dessus d’un magasin de saris. «On fonctionne seulement les après-midi, on est vingt bénévoles. Deux par après-midi», déclare le psychologue Kasi Kumar, également membre de l’association.
Timides solutions

Selon lui, un manque familial s’ajoute à ce manque de structures. La notion même de communauté a faibli. «La famille nucléaire devient la norme. Avant, on vivait plus sur le modèle des joint families. Il y avait plus d’anciens, qui pouvaient guider les jeunes, être des relais», argumente-t-il, s’appuyant sur les chiffres: le territoire de Pondichéry est l’un des endroits où la taille de la famille est la plus réduite et où l’on compte le plus faible nombre d’adultes par foyer.


" Les autorités ont toujours considéré que le suicide est un problème individuel
et non social " : Kasi Kumar, psychologue

«Les autorités ont toujours considéré que le suicide est un problème individuel et non social», continue Kasi Kumar. Pondichéry a-t-il été négligé parce que trop petit? «C’est pourtant un phénomène présent ici depuis des décennies. Il faut faire quelque chose. Certes, Pondichéry n’est qu’un Territoire, mais il y a quand même 1,2 million d’habitants, et l’unité de mesure, par 100.000 habitants, rend les données pertinentes», répond Ravi Rajkumar.

Face à ces chiffres et cette situation alarmante, les solutions arrivent timidement. Dans l’Etat du Tamil Nadu, entourant Pondichéry, les relais sont plus forts et les ONG locales expérimentent. Pour contrer l’empoisonnement, premier moyen par lequel on se donne la mort en Inde, les pesticides sont stockés dans des casiers fermés à clé dans certaines zones rurales. Personne ne peut y accéder hormis les agriculteurs. Le nombre de suicides a ensuite baissé sensiblement.

La cour de Madras a ordonné en octobre dernier la formation de comités d’experts afin de répondre au taux de suicide élevé des étudiants à Pondichéry. Depuis plusieurs années, le gouvernement local subventionne des études conduites par les médecins et les chercheurs de la ville. La tâche reste colossale.

«On estime que le taux de suicide est sous-reporté. Les études montrent qu’il y en aurait sept fois plus, en moyenne, ici comme ailleurs», explique la psychiatre Susan Solomon. Pour une raison simple: tenter de se suicider est un crime en Inde. Avec son lot de stigmatisations, en plus de possibles conséquences judiciaires. Le gouvernement central a annoncé la suppression de cette disposition. Un premier pas modeste mais indispensable.

1 — Les prénoms ont été modifiés Retourner à l'article

Slate.fr le  29.07.2015

vendredi 5 décembre 2014

En Inde, l’environnement sacrifié à la croissance

Au nom de la croissance et de la relance des investissements, le premier ministre indien, Narendra Modi – au pouvoir depuis fin mai –, a décidé d'assouplir les règles de protection de l'environnement afin de faciliter la construction d'infrastructures et l'implantation de sites industriels.


La presse indienne vient ainsi de révéler que le Conseil national de la faune et de la flore a donné son feu vert, les 12 et 13 août, à près de 140 projets tels que la construction d'un barrage hydroélectrique et celle d'un oléoduc dans le nord-est du pays. Du jamais-vu en si peu de temps.

Ce déluge d'autorisations intervient quelques jours après un changement de gouvernance au sein de l'organisme. Les sièges traditionnellement réservés à cinq ONG de protection de l'environnement y sont désormais occupés par les représentants d'une agence environnementale dépendante du gouvernement de l'Etat du Gujarat, fief du premier ministre.

ON CONNAÎT DÉSORMAIS LA MÉTHODE 

De même, dix scientifiques aux compétences variées (de la faune maritime à la flore himalayenne) ont dû laisser leur place à deux experts spécialistes de la protection du tigre et de l'éléphant. « En l'absence d'un regard multidisciplinaire, le Conseil national de la faune et de la flore perd sa raison d'être. Les décisions ne serviront plus que des intérêts politiques », regrette Ritwick Dutta, avocat spécialisé dans le droit de l'environnement.

Comme ses autres collègues du gouvernement, le ministre de l'environnement, Prakash Javadekar, a été enjoint par M. Modi de limiter ses communications avec la presse. En juin, sur son compte Twitter, il s'est contenté de rappeler que « le développement et la protection de l'environnement de pair ». Et de justifier : « En délivrant des autorisations, nous allons nourrir l'environnement. »

On connaît désormais la méthode : des réformes discrètes plutôt que l'introduction longue et périlleuse de textes au Parlement. Pas de nouvelle loi sur la protection des forêts, donc, mais celle qui existe va être assouplie : les exploitants de mine n'auront plus besoin, dans certaines conditions, de demander l'autorisation des populations locales pour augmenter leur production. Beaucoup de ces mesures sont précisées dans des notes techniques aussi difficiles à déchiffrer que la pierre de Rosette, et sont présentées très discrètement sur le site Web du ministère.

DES RESPONSABILITÉS ACCRUES AUX ÉTATS RÉGIONAUX

Le gouvernement espère aussi accélérer le rythme de délivrance des autorisations en les regroupant dans un guichet unique, alors qu'aujourd'hui elles doivent être obtenues auprès de nombreuses autorités comme les comités de contrôle anti-pollution ou le Conseil national de la faune et de la flore. « C'est justement parce que chaque autorité est spécialisée qu'elle est compétente. Si on les supprime, l'environnement va en pâtir », redoute Himanshu Thakkar, du Réseau des rivières, des barrages et des populations en Asie du Sud.

L'autre stratégie mise en place consiste à confier des responsabilités accrues aux Etats régionaux. Ces derniers livrent plus volontiers bataille pour attirer les investissements que pour protéger l'environnement. Le gouvernement fait donc le pari qu'ils donneront facilement leur feu vert à des projets miniers ou d'infrastructure. Les Etats régionaux pourraient avoir le droit d'autoriser ou non l'ouverture de mines de sable dont la superficie est inférieure à 20 hectares, contre 5 hectares actuellement.

« Les inconditionnels de la croissance l'ont emporté. Ce que le gouvernement ne comprend pas, c'est qu'en détruisant les ressources naturelles, l'économie va en pâtir un jour », constate avec amertume Himanshu Thakkar. D'autres regrettent que la protection de l'environnement devienne le bouc émissaire du ralentissement de la croissance. « Le ministre de la défense bloque également de nombreux projets d'infrastructure au nom de la sécurité nationale », note Shibani Ghosh, avocate et chercheuse auprès du Centre for Policy Research, un think tank basé à New Delhi.

LE GOUVERNEMENT INTERPELLÉ PAR LA COUR SUPRÊME

Les ONG concentraient leurs maigres espoirs dans le sauvetage du Gange, fleuve sacré, ce qui lui vaut une attention particulière de la part du nouveau gouvernement (nationaliste hindou). Or, même cette promesse tarde à se concrétiser. Aucun plan n'a encore été dévoilé et la ministre des ressources en eau, Uma Bharti, s'est contentée de menacer d'une amende, voire d'une peine de prison, ceux surpris à cracher dans le Gange.

Un juge de la Cour suprême a violemment interpellé le gouvernement sur le sujet le 13 août : « Etes-vous en train de sauver le Gange ? C'était pourtant dans votre programme, alors pourquoi n'agissez-vous pas ? » Les juges ont donné deux semaines au gouvernement pour leur présenter un plan d'action détaillé.

Les ONG attendent enfin de connaître les attributions précises d'une nouvelle autorité indépendante, réclamée par des juges de la Cour suprême au début de l'année. Elle permettrait d'éviter les conflits d'intérêt lorsque c'est l'Etat qui demande lui-même une autorisation au ministère de l'environnement pour l'aménagement d'un corridor industriel ou d'une autoroute. La Cour suprême s'est toutefois contentée d'exiger de ce futur régulateur indépendant qu'il assure le suivi des projets approuvés et qu'il ordonne des sanctions en cas de violation des règles de protection de l'environnement. Elle attend une proposition du gouvernement d'ici la mi-septembre.

LE MONDE, 20.08.2014

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/08/20/en-inde-l-environnement-sacrifie-a-la-croissance_4473723_3244.html#qDHZtgylHSQQB5kA.99

mercredi 8 octobre 2014

Faire du business en Inde, le nouveau sport extrême…

Sensations fortes et réels dangers attendent les entreprises qui se lancent sur le colossal marché indien. Améliorer le climat des affaires constitue un des plus grands défis du nouveau gouvernement.


Quand nous achetons des composants à Bangalore pour les utiliser dans une usine à Hyderabad, à 500 kilomètres de là, le coût du transport et des taxes intérieures est tel qu'il est parfois plus rentable de les expédier de Bangalore en Europe puis d'Europe à Hyderabad, raconte-t-on au siège indien d'une grande entreprise française de technologie. Bien sûr, ce sont des cas particuliers, mais en Inde tous les cas sont particuliers ! »

Quand le Premier ministre, Narendra Modi, a lancé en fanfare le 15 septembre sa campagne « Make in India », destinée à convaincre les industriels du monde entier d'investir et de produire dans le pays, ce n'est pas à ce genre de caractéristiques de la vie des affaires en Inde qu'il pensait… Son plaidoyer portait plutôt sur la taille du marché et ses perspectives de croissance.
Pourtant, parmi les grands patrons indiens et étrangers conviés à prendre la parole, plusieurs sont allés au-delà des hommages de rigueur rendus à la clairvoyance du nouvel homme fort de l'Inde, et ont rappelé que travailler dans le pays n'est pas une sinécure : infrastructures, droit du travail, fonctionnement de l'administration, qualification de la main-d'oeuvre, tous ces domaines demandent à être sérieusement améliorés si l'industrie doit prospérer, ont-ils respectueusement suggéré.
Le Premier ministre en est convenu, déplorant la position de l'Inde au 134e rang sur 189 pays dans le classement Doing Business de la facilité à faire des affaires, établi par la Banque mondiale. L'administration a été sensibilisée au problème par ses soins et le gouvernement va s'y attaquer assidûment, a-t-il promis.

Il y a de quoi faire. A la mi-septembre, trois PDG de multinationales de premier plan - ceux de l'opérateur télécoms britannique Vodafone, de son compatriote le groupe pétrolier BP et du constructeur automobile Honda - ont critiqué publiquement les problèmes qu'ils rencontrent en Inde.
Le mois dernier également, le classement annuel du World Economic Forum a mis l'Inde au 71e rang, en chute de onze places sur un an. Quant au classement de la Banque mondiale, qui fait autorité en la matière, même si les critiques méthodologiques ne manquent pas, il est donc particulièrement peu flatteur pour le pays. Non seulement l'Inde y est très mal placée (à titre de comparaison, elle figure une quarantaine de places derrière la Russie et la Chine), mais elle se situe dans les tout derniers rangs dans quatre des dix sous-indicateurs qui composent l'indice Doing Business : créer un business, obtenir un permis de construire, payer ses impôts, faire respecter un contrat devant la justice.

Il y a un « paradoxe indien », estime KPMG dans une étude consacrée à la question : le pays « connaît une des plus fortes croissances dans le monde, mais figure parmi les plus mal placés dans le classement de la Banque mondiale ». Et le consultant d'énumérer les « problèmes critiques » que sont« la difficulté à se procurer des terrains, les infrastructures inadéquates, le manque d'électricité, les lois sociales contraignantes, la réglementation fiscale, le manque de gouvernance et de transparence, et les processus pour obtenir les autorisations ».

Des remèdes surréalistes

De fait, les hommes d'affaires étrangers actifs en Inde regorgent d'anecdotes sur les difficultés qu'ils rencontrent dans leurs opérations, même s'ils ne s'expriment pas ouvertement. La difficulté à créer une affaire, pour laquelle le pays se classe 179e sur 189, est soulignée par tous, de même que les problèmes qui apparaissent dans la gestion courante.
La formule couramment pratiquée du joint-venture entre une société étrangère et un partenaire indien est source de sérieuses difficultés. « Au début, ça se passe très bien,explique Delphine Gieux, avocate du cabinet UGGC qui conseille depuis dix ans les entreprises françaises dans leurs activités en Inde, mais dès que des difficultés apparaissent, parce que le "business plan" était trop optimiste, par exemple, des attitudes radicalement opposées s'affrontent : le Français va vouloir réinvestir pour jouer sur le long terme, le partenaire indien voudra sabrer les coûts pour revenir à l'équilibre le plus vite possible. »

Les exemples de coopérations ayant mal tourné sont légion, depuis Renault avec Mahindra jusqu'à SEB avec Maharaja Whiteline. Autres« contraintes énormes » mises en avant par l'avocate : celles qui résultent du contrôle (partiel) des changes. Par exemple, souligne-t-elle, « il est interdit aux maisons mères étrangères de prêter à leur filiale indienne pour ses besoins courants. C'est très pénalisant quand il y a une difficulté provisoire ».

Les démêlés des entreprises avec l'administration quand il s'agit d'obtenir un permis de construire (l'Inde est 182e dans ce domaine selon la Banque mondiale !) ou les innombrables permis rythmant leur vie quotidienne sont légendaires. L'hôtel Ibis du groupe 

Accor vient d'ouvrir ses portes dans la cité hôtelière de l'aéroport de Delhi avec… quatre ans de retard. La raison : la police a « découvert » longtemps après le lancement de la construction de cette zone qui concentre seize hôtels que des terroristes pouvaient utiliser des chambres situées près des pistes pour tirer sur les avions. Les remèdes les plus surréalistes ont été envisagés, allant jusqu'à l'édification de murs de douze mètres de haut, avant que des solutions plus réalistes soient acceptées. L'inventivité de l'administration se manifeste dans tous les domaines.

L'été dernier, elle a imposé que des étiquettes rédigées selon des normes indiennes soient appliquées sur les produits agroalimentaires importés en Inde, en refusant que des étiquettes conformes soient simplement ajoutées. Résultat : des groupes comme Pernod-Ricard ont vu leurs stocks déjà présents en Inde devenir invendables, leurs conteneurs arrivant dans le pays être bloqués par les douanes et ont dû importer à grands frais des caisses de bouteilles par avion pour ne pas se trouver en rupture de stocks…

Dans le domaine de la fiscalité (où l'Inde vient au 158e rang), les histoires d'horreur abondent aussi. La plus connue est celle de Vodafone, à qui le fisc indien réclame depuis des années plusieurs milliards de dollars au titre des plus-values réalisées sur une ancienne opération. La Cour suprême ayant jugé cette demande du fisc totalement infondée, le gouvernement de l'époque n'a pas hésité à faire voter une loi rétroactive sur des dizaines d'années pour étayer sa demande, et l'affaire est toujours pendante. Le groupe français Sanofi fait l'objet d'une demande similaire du fisc indien pour son acquisition d'une filiale de Mérieux. Globalement, note Sumit Khosla, directeur général en Inde de la société de conseil Accuracy, « la situation fiscale est difficile à appréhender, notamment pour la fiscalité indirecte qui est très complexe, même pour les spécialistes. Ca oblige à travailler dans un certain flou administratif, les Occidentaux n'aiment pas ça ».
Gagnant-perdant

La situation est pire encore pour tout ce qui touche aux recours en justice pour faire respecter un contrat, domaine où l'Inde se classe… 186e sur 189 pays. Là, souligne Sumit Khosla, « le problème n'est pas l'absence de cadre juridique, l'Inde est un pays de droit et tous les mécanismes sont là. Mais les tribunaux sont complètement engorgés et quand il y a un problème, c'est parti pour la vie… ».

Au-delà des indicateurs concrets de la Banque mondiale, faire des affaires en Inde, c'est aussi se heurter à des différences culturelles. La rudesse des moeurs indiennes en la matière surprend souvent les Occidentaux, habitués à des pratiques plus policées. « La difficulté majeure, analyse le responsable en Inde d'une entreprise française active dans les technologies de pointe, c'est que les hommes d'affaires indiens ne connaissent pas la notion de relation gagnant-gagnant. Pour eux, il faut qu'il y ait un gagnant et un perdant. Ca oblige à se méfier en permanence des partenaires, des clients, des fournisseurs et des collaborateurs. »Concrètement, Delphine Gieux conseille à ses clients de« garder toujours la maîtrise totale des circuits de l'argent »dans leur filiale indienne. Ce qui veut dire que, « idéalement, le directeur financier doit être un expatrié ».

Un point délicat, enfin : si la difficulté à faire des affaires est la même pour tous, Indiens et étrangers, les premiers disposent d'un moyen éprouvé pour arranger les problèmes, notamment pour ce qui touche aux administrations : la corruption. Les hommes d'affaires étrangers s'expriment peu sur une question qui les met profondément mal à l'aise : ils ne maîtrisent pas les « usages » en la matière et ont en général interdiction formelle de la part de leur hiérarchie d'accepter de telles pratiques. Quitte à déléguer la sale besogne à leurs avocats ou autres cabinets conseils. Mais un sondage réalisé par KPMG sur « les problèmes clefs pour gérer et faire croître un business en Inde » donne une réponse limpide : la corruption arrive largement en tête des réponses.

Dans un climat des affaires aussi difficile, certains ont la tentation « d'aller voir ailleurs », selon l'expression du responsable pour l'Inde d'un groupe industriel français. Pendant l'été, Carrefour et Auchan ont quitté le pays. En avril dernier, le géant pharmaceutique japonais Daiichi Sankyo a soldé sa désastreuse aventure indienne en revendant sa filiale Ranbaxy. De tels exemples demeurent cependant rares. Vodafone, BP et Honda, les trois groupes qui ont critiqué récemment les problèmes de l'environnement des affaires en Inde, y investissent massivement. Car, au bout du compte, souligne un patron français de Delhi, après avoir énuméré tout ce qui lui empoisonne l'existence, « ce qui sauve ce pays, c'est sa taille. Il n'y en a pas d'autres où l'on trouve les mêmes chiffres potentiels ».

Autant dire que les initiatives promises par Narendra Modi pour faciliter les achats de terres, mettre l'administration en ligne, assouplir le droit du travail ou unifier la fiscalité indirecte seront suivies de très près par la communauté des hommes d'affaires étrangers en Inde. Sans trop d'illusions quant à la capacité du gouvernement à faire s'évaporer les obstacles en tout genre. Est-ce si surprenant ? Après tout, les conquistadors qui ont effectivement profité des richesses de l'Eldorado sont ceux qui ont survécu aux flèches empoisonnées, à la jungle, aux animaux sauvages et aux fièvres… 
Patrick de Jacquelot, Les Echos
Correspondant à New Delhi

Les points à retenir

Le Premier ministre indien, Narendra Modi, a lancé en fanfare le mois dernier sa campagne « Make in India », destinée à convaincre les industriels du monde entier d'investir dans le pays.

Travailler en Inde n'est pas une sinécure : infrastructures, droit du travail, fonctionnement de l'administration, qualification de la main-d'oeuvre... Dans tous ces domaines, le pays va devoir faire de réels progrès s'il veut attirer des entreprises étrangères.
Dans son dernier classement Doing Business de la facilité à faire des affaires, la Banque mondiale a classé l'Inde au 134e rang sur 189 pays.


Les Echos, 08/10/14

Amazon : l’atypique stratégie indienne du cyber-géant américain

Le président-fondateur d’Amazon Jeff Bezos a passé une semaine en Inde où il a affiché de grandes ambitions sur un marché qui ne ressemble à aucun autre.

Jeff Bezos en viste en Inde fin septembre, ici à Bangalore

L’Inde ? « Un pays qui déborde d’une énergie incroyable », où nous rencontrons « un succès étonnant », et qui est d’ailleurs« en piste pour devenir le pays où nous aurons atteint le plus vite le milliard de dollars de ventes brutes » : Jeff Bezos n’a pas lésiné sur les superlatifs lors d’une conférence donnée à Delhi. En Inde pendant une semaine, le président-fondateur d’Amazon, numéro un mondial de l’e-commerce, accueilli comme une superstar, a multiplié rencontres, manifestations publiques et interviews, avec un double message : ce pays est désormais une priorité stratégique de première importance pour Amazon et c’est un marché qui ne ressemble à aucun autre.

Un an après avoir démarré les opérations en Inde , « le goût du succès » est là, a lancé Jeff Bezos. Un succès tel que le groupe de Seattle a annoncé fin juillet un programme de 2 milliards de dollars d’investissements supplémentaires dans le pays. Un succès d’autant plus frappant qu’il correspond à « une approche unique en son genre », selon le légendaire patron. De fait, Amazon.in est sur la voie du milliard de dollars de volume d’affaires… sans qu’Amazon vende quoi que ce soit en Inde. Le site indien du géant américain n’est en effet qu’une place de marché où la totalité des vendeurs sont des PME ou des microentreprises, 11.500 à ce jour, pour lesquelles Amazon intervient comme pur prestataire de services. « Alors que les opérations de places de marché représentent 40 % de notre activité globalement, elles font 100 % en Inde », a expliqué Jeff Bezos.

Solutions innovantes

Cette singularité tient à la législation indienne qui interdit tout investissement étranger dans le commerce en ligne. En revanche, la fourniture de services informatiques et logistiques et de plate-forme de transactions est autorisée. Mais dans cette réglementation très stricte, le groupe a voulu voir « une opportunité ». Pour attirer les petits vendeurs sur Amazon.in, il a dû « créer des solutions innovantes » qui remportent un tel succès, selon Jeff Bezos, qu’Amazon regarde maintenant « comment les exporter dans le reste du monde ».

Les services en question permettent de libérer les vendeurs de la gestion de la livraison et des relations avec les clients. Dans un pays où les contraintes logistiques sont très fortes et où il n’est, par exemple, pas question de livrer par la poste, Amazon propose « Easy ship » qui prend en charge le colis chez le vendeur et s’occupe du reste. Son programme « Fulfillment by Amazon » va encore plus loin puisqu’il assure également le stockage des produits dans les entrepôts du distributeur. Ces services permettent également aux vendeurs d’offrir à leurs clients le paiement en cash à la livraison, une prestation indispensable vu la méfiance qu’inspire le paiement par carte sur Internet. Parmi les innovations mises au point pour le marché indien, Jeff Bezos s’est aussi enthousiasmé pour « les équipes qui vont former les microentreprises au commerce en ligne, à l’utilisation des logiciels, à la construction d’un catalogue ».
Nouveaux centres de traitement des commandes

Les 2 milliards de dollars que le groupe compte investir dans le pays seront consacrés à de nouveaux centres de traitement des commandes, et aussi au développement d’outils de téléphonie mobile, a détaillé le patron d’Amazon, pour qui « la rapidité de la croissance du mobile en Inde est stupéfiante ». La grande majorité des connexions à Internet se font déjà sur téléphone, et c’est naturellement sur ce support que l’e-commerce va connaître ses principaux développements.

Sur un marché dont la croissance sur les trois années à venir est estimée par l’agence de notation Crisil entre 50 % et 55 % par an et où la pénétration du commerce en ligne est encore infime, les perspectives de développement d’Amazon justifient l’optimisme légendaire de son fondateur. A condition que le cadre réglementaire kafkaïen de la distribution en Inde ne lui mette pas des bâtons dans les roues. L’administration fiscale du Karnataka, l’Etat de Bangalore où le groupe a son siège, a lancé des procédures contestant le fait qu’Amazon interviendrait comme une pure place de marché.
Les Echos, le 07/10/14

dimanche 5 octobre 2014

Fundooz, la stratégie Inclusive Business et BoP de Danone en Inde

Suite de notre dossier sur les nouveaux modèles d’entreprises à vocation éthique avec un exemple de multinationale qui pratique l’inclusive business : il s’agit d’un groupe bien connu des Français, Danone qui est implanté en Inde.


Danone et Fundooz en Inde

Le géant agroalimentaire français développe une stratégie en Inde, pays où une grande majorité des consommateurs dispose de peu voire très peu de revenus. Pour pouvoir s’adresser à cette partie du marché du sous-continent indien, les consommateurs appelés de catégorie C et D, Danone a conçu une gamme de produits laitiers ad hoc, spécifiquement destinés aux enfants de familles à faibles revenus.

Danone considère que les consommateurs de catégorie C et D représentent un marché d’environ 500 millions de personnes habitant en zones urbaines ou péri-urbaines où ils ne disposent pas d’un accès aisé des produits frais à fort intérêt nutritif.

Cette stratégie BoP s’est donc concrétisée par le lancement en Novembre 2011, d’une nouvelle gamme de produits laitiers pour enfants qui vont à l’école, Fundooz . Les produits Fundooz sortent de la toute nouvelle usine Danone située à Sonepat tout près du Bangladesh dans l’Etat d’Haryana, là où Grameen-Danone est implanté depuis 2006.


« Nous avons commencé avec un produit que nous connaissons, dans une région où l’on a déjà de l’expérience et en ciblant une population où nous savons que nous pouvons avoir un impact ».décrypte Eric Soubeiran, directeur de la nouvelle entité BoP de Danone basée à Gurgaon.

Les deux produits de cette gamme, Yum Creamy et Yum Chuski, ne coûtent qu 5 et 10 Roupies, ce qui n’est pas le moins cher du marché car il ne s’agit pas de proposer un produit qui serait perçu comme de basse qualité et comme « cheap ».

L’approche BoP (Base Of Pyramid) ne se traduit donc pas par une vision misérabiliste du marché mais vise à toucher le plus grand nombre de personne en bas de la pyramide avec des produits qui sont « aspirationnels et abordables », c’est à dire des produits séduisants.

En 2012, Danone a lancé un autre produit laitier adapté au marché indien au prix de 15 Rs : Lassi qui a été proposé dans les les billes de Bangalore, Hyderabad, Bombay et Pune.


La publicité Lassi de Danone en Inde

Avec cette initiative, Danone ne révolutionne certes pas son business modèle global ni le marché indien mais il démontre qu’il fait partie des rares groupes qui comprend et sait appliquer une stratégie d’inclusive business destinée au plus grand nombre. Et il n’est pas sûr que les grands goupes occidentaux soit nombreux à être capable d’évoluer sur ce marché BoP dans les années à venir.

mercredi 6 août 2014

Narendra Modi ambitionne de faire renouer l’Inde avec une croissance de 7 %

Près de deux mois après son arrivée au pouvoir, le gouvernement indien dirigé par le nationaliste hindou Narendra Modi a présenté son premier budget, jeudi 10 juillet. Objectif affiché : relancer la croissance et attirer les investissements dans l'industrie et les infrastructures.


Pour autant, M. Modi a maintenu l'objectif de réduction du déficit budgétaire à 4,1 % du produit intérieur brut (PIB) pour l'année fiscale 2014-2015, qui s'achève fin mars.

Les investisseurs avaient été refroidis par la paralysie politique du précédent gouvernement et la multiplication des scandales de corruption. Le flux de capitaux étrangers vers l'Inde a chuté de moitié en un an, passant de 92 milliards de dollars (68 milliards d'euros) en 2012-2013 à 47,9 milliards de dollars en 2013-2014. Ces sommes sont pourtant indispensables à une économie dont la croissance a plongé sous le seuil des 5 % pendant deux années consécutives. Du jamais-vu depuis vingt-huit ans.

New Delhi a déjà autorisé l'entrée des étrangers au capital d'entreprises indiennes à hauteur de 49 %, contre 26 % actuellement, dans les secteurs de la défense et des assurances, et a promis d'uniformiser le régime fiscal sur tout le territoire d'ici à la fin de l'année.

L'Inde a besoin d'investir dans ses infrastructures, dont les insuffisances créent de l'inflation. Le manque d'entrepôts ou l'absence de chaîne du froid font en effet flamber les prix des denrées alimentaires. Dans ce contexte, la banque centrale du pays ne peut pas baisser ses taux, ce qui permettrait de relancer l'activité.

Le ministre des finances, Arun Jaitley, a dévoilé un arsenal de mesures pour éliminer les goulots d'étranglement de l'économie indienne, comme des exonérations fiscales pour les investissements dans les infrastructures, un assouplissement des règles dans les partenariats public-privé et une nouvelle plate-forme unique – la « ebiz » –, pour délivrer toutes les autorisations requises.

La faiblesse en équipements freine le développement de l'industrie, seule à pouvoir absorber le million de jeunes Indiens qui arrivent chaque mois sur le marché du travail. Pour relancer la croissance du secteur manufacturier qui n'a pas dépassé 0,2 % ces deux dernières années, M. Jaitley a annoncé des incitations fiscales et promis de renforcer les zones franches, notamment dans l'industrie électronique ou le solaire.

MARCHÉS DÉCONCERTÉS

« C'est un budget conçu pour déclencher les applaudissements de tous les côtés », écrit le quotidien The Business Standard. L'orthodoxie doit rassurer les marchés, sans que l'exécutif renonce aux programmes sociaux hérités du Parti du Congrès. Il a même prévu d'augmenter les fonds alloués à la distribution de denrées alimentaires à prix subventionné.

Mais ce nouveau budget, prudent et consensuel, n'a pas offert le « big bang » de réformes libérales attendu par certains. Les nombreuses restrictions qui protègent le secteur de la grande distribution sont conservées sauf dans le commerce électronique où les étrangers peuvent désormais détenir la totalité du capital d'une entreprise indienne (contre 51 % dans le secteur). Le groupe français Carrefour a d'ailleurs annoncé, le 7 juillet, qu'il allait fermer ses cinq magasins de gros dans le pays.

C'est au niveau de la méthode employée que le gouvernement indien marque sa différence.

M. Jaitley a prévenu que chaque dépense devait être accompagnée de résultats et a annoncé que le programme de garantie de cent jours d'emploi dans les zones rurales devait être orienté vers des « tâches plus productives et avec des créations d'actifs ».

Les subventions devront aussi être mieux ciblées pour bénéficier à ceux qui en ont besoin. Représentant 2,3 % du PIB, elles servent surtout à diminuer les prix de l'essence ou des engrais. Plutôt que de garantir un prix minimum agricole ou de subventionner les engrais, New Delhi explore d'autres voies, comme celle d'un revenu minimum pour les agriculteurs.

Ce budget « marque le début du chemin à parcourir pour atteindre une croissance de 7 % à 8 % d'ici trois à quatre ans », a prudemment annoncé le ministre.

Les marchés ont été déconcertés. Après avoir enregistré une baisse, l'indice de la Bourse de Bombay a finalement légèrement augmenté. « Un retour sur la bonne voie, mais il reste des kilomètres à parcourir », titrait, vendredi, le quotidien Hindustan Times.

Le Monde, 7/07/14