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jeudi 1 octobre 2015

Baisse des taux d’intérêt en Inde pour soutenir la croissance

C’est une décision que New Delhi attendait avec impatience. La Reserve Bank of India (RBI, banque centrale) a baissé, mardi 29 septembre, son taux d’intérêt directeur, pour la quatrième fois cette année. « Une reprise économique hésitante est en cours, qui est encore loin d’être robuste », a justifié le gouverneur de l’institution, Raghuram Rajan, dans sa déclaration de politique monétaire. L’institut monétaire justifie également sa décision par celle de la Réserve fédérale américaine (Fed), en septembre, de retarderla hausse de ses taux d’intérêt directeurs.

L’analyse des indicateurs sur les fronts de l’inflation, du niveau de précipitations lors de la mousson, et de la conjoncture économique internationale a conduit à cette baisse des taux, plus importante que prévue. En effet, la RBI a réduit le loyer de l’argent d’un demi point à 6,75 % quand les marchés tablaient plutôt sur une baisse d’un quart de point. Le principal argument de la banque centrale indienne est donc à chercher du côté des prix. L’inflation a été contenue au ­dessous du seuil jugé acceptable des 4 % en août, grâce notamment aux faibles cours du pétrole brut dont l’Inde est nette importatrice, et ne devrait pas dépasser les 6 % d’ici le mois de janvier.

Le risque de la valse des étiquettes écarté, la RBI disposait donc d’une marge de manœuvre importante pour abaisser son taux d’intérêt directeur et espérer doper encore un peu plus la croissance de l’économie Indienne, encore fragile, qui demeure tout de même la plus élevée parmi les pays émergents. Le produit intérieur brut (PIB) indien a fléchi au deuxième trimestre à 7 % contre 7,5 % le trimestre précédent. Soulagement du gouvernement Dans sa déclaration de politique monétaire, la banque centrale précise que « la croissance globale est plus modérée, particulièrement dans les économies de marché émergentes » et que « le commerce mondial s’est encore détérioré. »

L’Inde espère donc compenser la baisse de ses exportations par une hausse de la demande domestique, via la baisse des taux d’intérêt. « Nous devons recommencer à investir . Les investissements des entreprises ont été faibles », a souligné M. Rajan. L’annonce de la baisse des taux a été accueillie avec soulagement par le gouvernement Indien. « Elle va accélérer les investissements et la croissance », a déclaré le ministre des finances , Arun Jaitley. A la mi­ septembre, ce dernier avait exhorté le gouverneur de la banque centrale à baisser ses taux, au prétexte que « l’inflation était sous contrôle. » Il était même question que New Delhi mette en place un « comité monétaire », sous son autorité, pour superviser les activités de la banque centrale, menaçant par là même son indépendance, avant qu’il n’y renonce finalement.

Désormais le gouvernement et la RBI partagent le même objectif : la relance de la croissance, avant la lutte contre l’inflation. Siddharth Nath Singh, l’un des dirigeants du Bharatiya Janta Party, le parti au pouvoir , estime que la baisse des taux d’intérêt va « aider les rêves de beaucoup de devenir propriétaires de leurs maisons » et favoriser la relance du secteur de l’immobilier 

Les milieux d’affaire ont aussi salué cette décision et l’indice phare de la Bourse de Bombay, le Sensex, a terminé en hausse en fin de journée. La baisse des taux va enfin faciliter la tâche du premier ministre indien, Narendra Modi, qui tente de convaincre les grands groupes du pays d’augmenter leurs investissements, malgré leur niveau élevé d’endettement. Ce sont surtout les investissements étrangers qui ont augmenté en 2014, avec une hausse de près de 49 %.

Le Monde.fr le 30.09.2015

lundi 21 septembre 2015

Croissance rapide: Rajan met en garde l'Inde

Le gouverneur de la banque centrale indienne (RBI) a mis en garde aujourd'hui contre la tentation pour l'Inde d'une croissance trop rapide, prenant en exemple les déboires actuels du Brésil.

La troisième économie d'Asie doit viser "une croissance durable", fondée sur une inflation basse, a estimé Raghuram Rajan.

"Aussi paradoxal que cela puisse sembler, le Brésil a voulu croître trop vite", a dit le gouverneur devant un parterre de patrons à Bombay, rappelant que l'économie brésilienne pourrait se contracter de 3% cette année, cinq ans après une croissance record de 7,6%. L'Inde, qui connait une croissance d'environ 7% actuellement, affiche les performances les plus solides parmi les cinq grands pays émergents regroupés sous l'acronyme Brics.

Le Brésil et la Russie s'enfoncent dans la récession qui menace également l'Afrique du sud, tandis que la Chine a connu une croissance de 7,3% en 2014, la plus faible depuis 24 ans, et son rythme devrait encore ralentir cette année.

L'Inde "apparait comme un îlot de calme relatif dans un océan de turbulences", a dit Rajan, ajoutant que "les autres Brics ont tous des problèmes profonds". "Les difficultés des marchés émergents relèvent d'un éventail compliqué de raisons mais l'une d'entre elles, importante, est l'impatience de renouer avec la croissance en ayant recours à des méthodes de relance anciennes et inefficaces", dit-il. "Le Brésil a probablement trop dépenser et la Chine trop investi", a-t-il ajouté en exemple. Le Premier ministre indien Narendra a remporté les législatives l'an dernier sur un programme de relance de l'économie et de l'emploi, promettant de faciliter les investissements industriels. Si les autres pays émergents dépendant des revenus de vente des matières premières souffrent de la contraction de ces marchés, l'Inde bénéficie au contraire de la baisse des cours du pétrole.

Le gouverneur Rajan a estimé que la croissance brésilienne s'était faite par le biais d'une "relance substantielle" et a suggéré que la pression mise sur la banque centrale pour qu'elle réduise ses taux avait incité des consommateurs à s'endetter au-delà de leur solvabilité. La RBI, qui a placé comme priorité la lutte contre l'inflation depuis l'arrivée du gouverneur Rajan il y a deux ans, se retrouve sous pression du gouvernement et du patronat pour réduire à nouveau ses taux lors de sa prochaine réunion le 29 septembre. "Nous devons avoir une discipline et tenir notre stratégie de construire les institutions nécessaires et de créer un nouveau chemin de croissance durable", a dit Rajan. "Pour cela, nous avons besoin de la compréhension et la coopération des entreprises, pas d'impatience ni de pression pour des remèdes rapides impossibles à trouver", a-t-il ajouté.

Le Figaro,18/09/2015

http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/09/18/97002-20150918FILWWW00143-croissance-rapide-rajan-met-en-garde-l-inde.php

vendredi 18 septembre 2015

Les inégalités de revenus nuisent à la croissance

Les tenants de la théorie du « ruissellement » ou « trickle down », selon laquelle les revenus des plus riches contribueraient à la croissance, ont du souci à sefaire : des économistes du Fonds monétaire international (FMI) contestent ouvertement cette approche. Dans une étude sur les causes et les conséquences des inégalités, présentée lundi 15 juin, ils établissent au contraire que, plus la fortune des riches s’accroît, moins forte est la croissance.

Lorsque la part de gâteau des 20 % les plus aisés augmente de 1 %, le produit intérieur brut (PIB) progresse moins (– 0,08 point) dans les cinq ans qui suivent. Autrement dit, les avantages des plus riches ne ruissellent pas vers le bas, contrairement aux convictions des économistes néolibéraux qui défendirent les politiques de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan et les baisses d’impôt pour les hauts et très hauts revenus.

En revanche, une augmentation de même importance (+ 1 %) de la part des revenus détenue par les 20 % les plus pauvres est associée à une croissance plus forte de 0,38 point.
Réduire les inégalités pour soutenir la croissance

Cette corrélation positive vaut aussi pour la classe moyenne. Probablement soucieux de ne pas être accusés d’angélisme, les auteurs de ce travail, qui lance le débat au FMI sans engager pour l’instant l’institution, prennent soin de faire remarquer qu’un « certain degré d’inégalité peut ne pas être un problème dans la mesure où cela incite les individus à exceller, à se battre, à épargner et à investir pour aller de l’avant ». Ils tirent, par ailleurs, de leurs travaux la conclusion générale que les dirigeants politiques doivent faire porter leurs efforts sur les plus pauvres et sur la classe moyenne pour réduire les inégalités et soutenir la croissance.

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est parvenue à des conclusions similaires. Dans un travail de décembre 2014, repris en mai dans son troisième rapport sur les inégalités intitulé In It Together : Why Less Inequality Benefits All («Tous concernés : pourquoi moins d’inégalité bénéficie à tous »), elle établit que l’augmentation des inégalités entre 1985 et 2005 a coûté en moyenne près de 4,7 points de croissance cumulée dans les pays avancés, moins du fait de l’envolée des revenus des plus riches que du sort réservé aux 40 % les plus défavorisés.


L’institution a revélé que la France, bien qu’en position moyenne, a été le troisième de ses 34 pays membres pour l’augmentation des inégalités entre 2007 et 2011. Autrement dit, pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. L’Observatoire des inégalités a dressé un état des lieux dans son premier rapport sur les inégalités en France du 4 juin.
1 % de la population mondiale détient la moitié de la richesse

L’étude du FMI est plus large que celle de l’OCDE puisqu’elle porte sur un échantillon d’une centaine de pays : économies avancées, émergents et pays en développement. Elle permet donc de progresser dans la compréhension de la dynamique des inégalités et de ses moteurs. Ses auteurs font observer que globalisation financière et progrès technologiques sont associés, partout, à une augmentation de la part des revenus détenue par les 10 % les plus riches, désormais neuf fois plus importante que celle détenue par les 10 % les plus pauvres.

Dans les pays avancés, le fossé entre riches et pauvres s’est creusé comme jamais depuis plusieurs décennies. Dans les pays émergents et en développement, en revanche, l’augmentation des inégalités s’explique d’abord par le fait que les revenus des classes moyennes supérieures ont rejoint ceux des classes supérieures, comme en Chine et en Afrique du Sud.

La concentration de la richesse mondiale est spectaculaire. Près de la moitié de celle-ci, soit 110 000 milliards de dollars (97 441 milliards d’euros), est detenue par 1 % de la population. Dans une étude sur la richesse mondiale en 2015 rendue publique lundi, le Boston Consulting Group (BCG) révèle à ce propos que le nombre de millionnaires en dollars a crû de 16 % en un an et que l’Asie-Pacifique (hors Japon) devrait être la région comptant le plus de millionnaires en 2016, devant l’Amérique du Nord.

L’assouplissement du marché du travail favorise les inégalités

Les grands perdants de ces évolutions qui ont été amplifiées par la crise de 2007-2008 sont les classes moyennes, victimes de la polarisation des revenus du travail aux extrémités de l’échelle des revenus (les plus qualifiés et les peu ou pas qualifiés, généralement protégés dans les pays avancés par l’existence d’un salaire minimum.) Les économistes du FMI observent par ailleurs que l’assouplissement du marché du travail va de pair avec une inégalité croissante et l’enrichissement des 10 % les plus aisés. Ils en concluent que la flexibilité du marché du travail bénéficie aux plus riches et réduit le pouvoir de négociation des travailleurs pauvres. Les organisations syndicales ne disent pas autre chose…

Ces résultats sont cohérents avec une autre étude du Fonds, non encore publiée, selon laquelle, dans les économies avancées, le décrochage du salaire minimum par rapport au salaire médian va de pair avec une hausse des inégalités et la diminution du taux de syndicalisation est fortement corrélée à la hausse des revenus des 1 % plus riches.

Pour réduire les inégalités, les experts du FMI recommandent dans les pays émergents et en développement de donner aux plus pauvres accès auxservices financiers. Dans les pays avancés, l’accent doit être mis sur le développement du capital humain et des compétences et sur une politiquefiscale plus redistributive, par le biais des impôts sur la fortune et la propriété, ainsi que sur une fiscalité des revenus plus progressive.

Le Monde,  15.06.2015 par Claire Guélaud

mardi 15 septembre 2015

Au Brésil, la fin du mirage automobile

Chaque matin, Francisco Tavares sortait son petit bolide du garage pour se rendre au travail. Un parcours triomphal d'une vingtaine de minutes en bord de mer, au volant de sa RCZ, pour rejoindre sa concession Peugeot de Santos, à 70 kilomètres de São Paulo. Au volant du coupé sport de la marque française, il ne passait pas inaperçu. Question de prestige… Mais la vie bien réglée de « M'sieur Chico », comme l'appellent ses clients, a récemment pris une autre tournure. Tout d'abord, le ralentissement du secteur l'a conduit à déménager vers des locaux plus modestes. Puis le gigantesque scandale de corruption qui ébranle le pays depuis un an a commencé à produire des effets dévastateurs sur l'ensemble de l'économie, entamant la confiance des consommateurs. Pas d'autre issue possible : Francisco Tavares a dû mettre la clef sous la porte.

Les grands noms du secteur automobile ont misé gros au Brésil durant les années fastes. Ils sont aujourd'hui rattrapés par la crise et voient leurs ventes s'effriter. Pourtant, à l'instar de PSA ou de Renault-Nissan , la plupart continuent de croire au potentiel de cet énorme marché et n'envisagent pas d'y réduire la voilure.

Cette mésaventure est loin d'être un cas isolé au Brésil. Après une chute vertigineuse des ventes sur le marché intérieur depuis deux ans, c'est l'hécatombe du côté des revendeurs, avec la fermeture de quelque 700 concessionnaires depuis le début de l'année. Dix-sept mille emplois ont déjà été supprimés, selon la Fédération nationale des distributeurs automobiles (Fenabrave). Le symptôme d'une crise profonde, affectant en fait l'ensemble du secteur automobile local. Les constructeurs se mettent en quatre pour ajuster l'offre à la demande et contrôler les coûts, sur fond de récession et d'inflation élevée. En un an, l'industrie a perdu 10 % de ses effectifs, et 27.000 salariés ont été mis en chômage technique. Dans un contexte de crise généralisée, qui a vu le marché dégringoler de près de 20 % cette année, après un recul de 7 % en 2014, la filière automobile traverse une bien mauvaise passe. D'autant que les exportations sont loin de compenser l'effondrement du marché intérieur…

Une crise plus sévère que prévu

Renault-Nissan et PSA n'échappent pas à la règle. Depuis le début de l'année, les ventes de Peugeot et de Citroën ont plongé de plus de 40 % en moyenne ; celles de Renault accusent un repli de près de 18 % sur les huit premiers mois de l'année et de 25 % pour les véhicules commerciaux légers. Seul Nissan est parvenu à stabiliser ses ventes tant bien que mal. Sur le marché brésilien, la marque japonaise dépasse désormais PSA… François Dossa, le patron de sa filiale locale, évite le triomphalisme :« Nous allons le mieux possible dans un pays qui ne va pas très bien. Le marché est très déprimé. C'est mauvais pour tout le monde », observe-t-il. Avec une part de marché de 7 % sur les véhicules légers, Renault, lui, est désormais devancé par le coréen Hyundai, à la sixième place du classement des constructeurs.

Les déboires des groupes automobiles sont, au choix, le fruit d'un mauvais timing ou d'une erreur d'appréciation. Lancée en période de forte croissance, la dernière grande vague d'investissements produit ses effets au plus mauvais moment : les nouveaux modèles made in Brazil arrivent sur le marché en pleine crise, qui n'est plus en mesure de les absorber. Aujourd'hui, le pays se retrouve avec une capacité de production de 4,6 millions de véhicules, alors que l'industrie ne prévoit d'assembler guère plus que 2,5 millions de modèles cette année (toutes catégories confondues). « On tablait sur un marché de 4 millions de véhicules en 2015 au Brésil, qui était en passe de devenir le troisième plus grand marché mondial », confiait cet été Carlos Gomes, le patron de PSA en Amérique latine, en marge du salon de Buenos Aires. « On parle maintenant de 2,6 millions. C'est comme si 1,4 million de véhicules s'étaient évaporés. »

Dans la profession, le pessimisme est de mise. Car la crise économique dans laquelle se débat le Brésil depuis des mois est beaucoup plus sévère que prévu. Et cela, personne ne semblait s'y attendre du côté des constructeurs. Alors que l'association qui représente leurs intérêts misait sur une stabilité des ventes au début de l'année, elle prévoit désormais un recul de 20 %.« Je n'arrive pas à entrevoir une reprise du marché », reconnaissait récemment son président, Luiz Moan Yabiku Junior.

Durant les années fastes portées par la hausse des matières premières et par la croissance de la demande, l'industrie automobile a profité à plein de l'explosion du crédit et de l'augmentation du pouvoir d'achat des ménages. Des dizaines de millions de Brésiliens ont alors gonflé les rangs d'une nouvelle classe moyenne émergente. « Avec une idée en tête : acheter une voiture », explique un expert local. Mais ce modèle de croissance basé sur la consommation a fini par montrer ses limites. Dilma Rousseff a été réélue à la présidence en octobre dernier en promettant la continuité, mais elle a finalement dû faire le choix de la rigueur pour tenter de corriger des déséquilibres qui menacent toujours le Brésil. Lors de la fête nationale du 7 septembre, elle évoquait ainsi une cure d'austérité et des « remèdes amers ».

Coûts de production élevés

Pourtant, certains croient encore à l'eldorado brésilien. Car, en dépit des difficultés actuelles, le marché conserve un énorme potentiel. « Aucun constructeur n'a réduit ses investissements d'un centime », soutient Luiz Moan. La filiale de General Motors, dont il est l'un des directeurs, va même doubler les investissements prévus à l'horizon 2019 (environ 3 milliards d'euros sur cinq ans). Fiat Chrysler Automobiles vient aussi d'inaugurer une usine Jeep au milieu des champs de canne à sucre, dans le Nordeste. Audi, BMW et Land Rover ont à leur tour planté leurs drapeaux au Brésil. « Les constructeurs français viennent également de lancer de nouveaux modèles et d'augmenter leur capacité de production », précise Luiz Moan.

Depuis l'an dernier, Renault est ainsi en mesure de fabriquer une voiture à la minute dans son usine de Curitiba. Avec environ un 1 véhicule pour 5 habitants, « le Brésil demeure sous-équipé en automobiles », souligne-t-on au siège de Boulogne-Billancourt. Il y a vingt ans, ce ratio stagnait autour de 1 pour 9. En dépit des crises successives, le Brésil progresse donc. Lorsqu'il avait le vent dans le dos, le géant émergent est brièvement devenu le quatrième plus grand marché mondial (devant la France), il y a quelques années, avant de rétrograder à la septième place. Mais, à terme, les experts du secteur automobile prédisent que le Brésil pourrait bien retrouver cette position, derrière la Chine, les Etats-Unis et l'Inde. « Il faut avoir les reins solides », admet-on chez Renault, qui a essuyé sur place des pertes de 270 millions de reais (environ 60 millions d'euros) l'an dernier. Quant à la filiale de PSA, elle est dans le rouge depuis trois ans. « Il faut comprendre que nous cherchons à améliorer la rentabilité. Nous sommes déjà en train d'y parvenir en Amérique latine en 2015, même dans un contexte économique extrêmement difficile. Notre objectif est d'atteindre le point mort dans la région dans son ensemble d'ici à 2017 », explique Gustavo Soloaga, directeur financier de PSA en Amérique latine.

Au-delà des cycles de forte expansion et de récession, les déboires actuels des constructeurs montrent que le Brésil n'a pas encore su traiter, à l'inverse du Mexique, les problèmes de fond qui plombent sa compétitivité. Le carnet de doléances est bien rempli, mais peu de progrès ont été accomplis au cours des dernières années pour alléger et simplifier la fiscalité, réduire le coût de la main-d'oeuvre (les syndicats des métallos sont les mieux organisés du pays, depuis l'émergence d'un certain Lula…), la lourdeur du Code du travail, sans parler des problèmes de logistique. Un industriel français confiait récemment que les coûts de production étaient de 25 % plus élevés au Brésil qu'aux Etats-Unis. « Il y a eu une évolution en ce domaine, mais pas une révolution », déplore François Dossa.

Le secteur a également du mal à sortir du protectionnisme qui a permis à l'industrie automobile de se développer au Brésil depuis les années cinquante. La priorité n'a jamais été accordée à l'exportation, notamment à cause du manque de compétitivité. « Au cours des dix dernières années, le Brésil s'est davantage concentré sur la croissance du marché intérieur que sur l'intégration dans le marché mondial », constate la consultante Leticia Costa, directrice du cabinet Prada.

L'an dernier, le pays a exporté 550.000 véhicules légers, soit seulement 15 % de sa production. Mais dans un Brésil en crise, c'est aujourd'hui le marché intérieur qui est en panne. Alors, il faut innover pour attirer le client. Citroën, qui a fait le pari osé de vendre des modèles haut de gamme ou relativement sophistiqués dans un pays à revenus intermédiaires, va même jusqu'à proposer deux billets aller-retour pour New York à chaque acquéreur d'un modèle de la marque…

Les points à retenir
- Dans  :un contexte de crise généralisée, les ventes de véhicules ont dégringolé de près de 20 % depuis le début de l'année au Brésil.
- Un trou d'air qui touche les industriels du secteur, qui ont perdu 10 % de leurs effectifs, comme les concessionnaires, contraints de fermer 700 points de vente ces huit derniers mois.
- De PSA à Renault en passant par Fiat-Chrysler ou GM, les grands constructeurs auto ont lourdement investi au Brésil, qui était en passe de devenir le troisième marché mondial avant la crise.Tous veulent croire qu'il s'agit seulement d'une mauvaise passe, et continuent de miser sur le pays.

Les Echos, 14/09/2015

mercredi 2 septembre 2015

Inde : la pression s'accentue sur Narendra Modi

Les résultats économiques ne sont pas à la hauteur des attentes. Le PIB au deuxième trimestre affiche + 7 %.

Les espoirs dont était porteur Narendra Modi lors de son accession au pouvoir il y a quinze mois s'estompent peu à peu. Le Premier ministre n'arrive pas à traduire dans les chiffres sa promesse d'une accélération de la croissance permettant la création de millions d'emplois dans l'industrie manufacturière. Et ce, malgré la modification apportée dans le calcul du PIB qui mécaniquement le réhausse de 1,5 point.

Avec + 7 % de croissance au deuxième trimestre, après + 7,5 % de janvier à mars, les chiffres publiés lundi par le bureau des statistiques traduisent un léger ralentissement de l'économie. Et déçoivent les analystes qui tablaient sur une performance presque équivalente d'un trimestre sur l'autre. « Les résultats publiés ne sont pas cohérents avec un certain nombre d'indicateurs », estime Shilan Shah, économiste de Capital Economics. « Un tel résultat montre qu'il n'y a pas d'accélération dans les secteurs clefs de l'économie », avance pour sa part Madan Sabnavis, économiste de Care Ratings, regrettant que « la hausse des dépenses publiques qui devait donner un coup d'accélérateur ne se retrouve pas dans les chiffres ».
Devant la Chine

L'Inde peut toujours se targuer d'être devant la Chine en termes de croissance. La troisième économie asiatique devrait en effet voir son PIB accélérer de 7,5 % cette année alors que la Chine devrait se contenter de 6,8 % selon le FMI. New Delhi devrait faire également mieux que les pays émergents (+ 4,2 %) ou bien sûr que les pays développés (+ 3,3 %). Mais les risques d'essoufflement sont réels si les réformes tardent à venir.

Les entreprises continuent de dénoncer des obstacles à leur croissance et l'entourage du Premier ministre aimerait voir la banque centrale accélérer le rythme des baisses de taux. Lors de sa réunion d'août, l'institut d'émission a refusé de bouger son taux de base toujours fixé à 7,25 %. Surtout, les réformes-clefs que Narendra Modi voulait faire adopter lors de la session d'été du Parlement ont été à nouveau recalées. Cette session « a été plutôt non productive », estime Pranjul Bhandari, économiste de HSBC Securities. Ainsi, le Premier ministre vient de faire marche arrière sur la réforme agraire sous la pression des lobbies agricoles. A l'origine de la grogne du monde paysan, celui-ci voulait faciliter les acquisitions de terres à des fins d'investissements. Gêné par des affaires de corruption qui le bloquent au Parlement, Narendra Modi voit à présent la pression s'accentuer sur lui, la population lui reprochant de plus en plus son immobilisme.

Cette situation intervient alors que de violentes manifestations viennent de se dérouler dans le Gujarat, l'Etat dont il est issu. Ces violences qui ont fait 9 morts et de nombreux dégâts sonnent comme un autre avertissement pour le pouvoir. Même si les causes sont différentes.

Les Echos, 1/09/2015

Travail : le code passé de mode ?

DÉCRYPTAGE

Accusée par le patronat et le gouvernement de peser sur l’emploi, la législation française, certes complexe, n’est pas la plus rigide de l’UE. 

Le code du travail a été créé au début du XXe siècle pour protéger les salariés.
Un code du travail «si complexe» qu’il en est devenu «inefficace», des salariés qui «ne connaissent plus leurs droits» et ne «sont donc plus protégés», quand ils ne sont pas «livrés à eux-mêmes» : Manuel Valls a sonné la charge, dimanche, à l’université d’été du PS, contre le droit du travail, objet de la prochaine grande réforme sociale du gouvernement (lireLibération de vendredi). Entre les lignes, pourtant, c’est moins le souci de mieux protéger les salariés qui semble animer l’exécutif que celui d’assouplir une législation perçue comme un obstacle au développement de l’emploi. Le code du travail, responsable du chômage ?

«L’objectif, en 1919, lors de la création de l’Organisation internationale du travail [OIT], était de construire un droit du travail mondial afin d’assurer la paix», rappelle Emmanuel Dockes, professeur de droit à l’université Paris-X. Avec l’idée que les inégalités sociales sont sources de conflits nationaux susceptibles de dégénérer en conflits entre nations, voire en révolution (notamment en Russie en 1917). «Il fut même question, à un moment donné, d’inscrire la journée de huit heures dans le traité de Versailles», rappelle Dockes. Le patronat a alors dû accepter des «règles de protection» mais aussi de «bienséance», afin«d’assurer des conditions d’existence décentes pour les salariés». Or «le débat aujourd’hui sur le code du travail s’ouvre dans un contexte à nouveau violent, avec une montée des extrêmes plutôt inquiétante, prévient Dockes. Il faut faire attention de ne pas jouer avec le feu.» D’autant que la mission d’origine du droit du travail a depuis été oubliée au profit d’un rôle qui n’a jamais été le sien : développer l’emploi.

«Depuis trente ans, nos gouvernants sont convaincus que [le droit du travail] est responsable du chômage et que, pour arriver à modifier la situation, il faut changer la loi, explique Antoine Lyon-Caen, auteur du livre le Travail et la Loi avec Robert Badinter. On la surcharge de missions économiques et sociales. Et, bien sûr, à chaque fois, c’est un échec. D’où une perte de valeur symbolique de signification [du droit du travail].»

Un droit du travail qui freine le développement de l’emploi, c’est précisément la position du patronat et, désormais, du gouvernement. «Dans les grandes entreprises, ce n’est pas le cas, assure Jean Néret, professeur en droit à Paris-XII Créteil et avocat en faveur de la partie patronale. Mais pour les PME, si, c’est même accablant. Les prud’hommes, notamment, sont devenus une loterie, qui font vivre les petits patrons sous la menace permanente d’une condamnation. Et certains jugements ont conduit des petites entreprises à déposer le bilan. Il faut faire en sorte que le droit du travail ne soit plus un épouvantail pour eux, car c’est assez paralysant, et ça peut avoir, au final, un effet négatif sur l’emploi.» Un phénomène marginal, selon Dockes. «Ceux qui n’embauchent pas laissent le marché à ceux qui ont le courage de se développer», estime celui qui réfute tout lien entre droit du travail et chômage.

Selon l’ODCE, en effet, le lien entre législation et emploi est loin d’être évident. Et reflète surtout un choix de société. Forte d’un taux de 5 % de chômage, l’Allemagne est ainsi, et contrairement aux idées reçues, l’un des pays de l’UE qui protège le mieux ses salariés permanents. Avec, dans cette catégorie, un indice de protection (défini par l’OCDE) de 2,98 - l’un des plus élevés -, contre 2,82 pour la France (10 % de chômeurs) ou 2,28 pour l’Espagne (23 % de chômage). En revanche, l’Allemagne a un indice de protection très bas (1,75) pour les travailleurs temporaires tandis que la France affiche un indice de 3,75. Faut-il néanmoins baisser le niveau de protection des salariés ? «Attention, cela fait déjà trente ans que le code est revu régulièrement à la baisse pour les salariés, prévient Dockes. On a même atteint des points tellement bas dans certains secteurs comme la flexibilité du temps de travail ou les CDD qu’on est désormais régulièrement condamnés par les juridictions européennes. Et, pourtant, les critères sont loin d’être élevés…»

Peu néfaste pour l’emploi, mais néanmoins complexe : c’est la thèse défendue par Lyon-Caen et Badinter qui évoquent un texte perçu comme «une forêt trop obscure et hostile pour qu’on s’y aventure». Premières victimes de ce droit «atteint d’obésité» : les salariés et les petits entrepreneurs qui «peinent à en avoir l’intelligence et la compréhension». Le droit du travail devient alors une affaire de praticiens, estiment les adeptes de sa nécessaire simplification. D’où la proposition des deux auteurs de lui rendre «clarté et crédibilité» en le réduisant à 50 grands principes de base.

Les détracteurs du livre dénoncent, eux, un glissement dangereux : du simple élagage, jugé tout juste utile par certains, l’ouvrage flirte avec une remise en cause plus radicale des droits effectifs des salariés. «Certes des allégements s’imposent»,reconnaît Jacques Le Goff, professeur émérite de droit. Notamment avec le volet sur la durée du travail, qui regrouperait pas moins de 200 articles. Ou encore la question du temps partiel. Mais la proposition de Badinter et Lyon-Caen, jugée trop radicale, risque d’aboutir à «un droit du travail totalement ramolli». Et, au final, plus compliqué, puisqu’elle renforcerait la jurisprudence. D’autant que cette complexité est due au patronat, qui n’a cessé d’exiger «des exceptions à la règle, dans le but de la vider d’une partie de sa substance», selon Emmanuel Dockes. Même s’il faut nuancer sa complexité : «Le droit fiscal, le droit commercial ou celui de l’immobilier le sont tout autant. Ce n’est pas spécifique au droit du travail.» Que faire alors ?«Inventer un nouveau droit, délesté de ses multiples dérogations.» Car l’actuel ne pourra pas, selon lui, être simplifié à droit constant.

C’est la nouvelle marotte du Premier ministre, qui l’a remise sur la table dimanche : «Nous devons donner plus de latitude aux employeurs, aux salariés et à leurs représentants pour décider eux-mêmes de leur politique de formation, d’organisation du travail […] par des négociations au plus près de leurs besoins.» Ces orientations devraient être reprises par le rapport Combrexelle, remis dans les prochains jours, chargé de proposer des pistes d’«élargissement de la place de l’accord collectif dans notre droit du travail». Le but : donner davantage de «souplesse» aux entreprises et garantir des droits «plus assurés»grâce à un «dialogue social redynamisé», selon Valls. Un jeu à sommes égales, selon Jean Néret : «Il faut trouver des concessions réciproques. Mais chaque fois qu’il y a accord, je constate que cela ne met pas en péril les salariés.» Pas si sûr, selon Le Goff, pour qui la proposition, «séduisante en théorie, peut s’avérer calamiteuse en pratique». Le risque : un éclatement du droit. «Cela voudrait dire que dans chaque entreprise, un inspecteur du travail devrait demander quel droit s’y applique.»

Le patronat, de son côté, pourrait en sortir comme le grand gagnant. «Il a tout intérêt à ce que la norme soit fixée au plus près de sa zone de puissance, c’est-à-dire l’entreprise, là où la menace sur l’emploi est directe, ajoute Emmanuel Dockes. Or la logique, poussée jusqu’au bout de ce discours sur le particularisme, c’est de parvenir, in fine, à négocier au niveau du contrat de travail lui-même. Avec un déséquilibre encore plus important en défaveur du salarié.»

Pour que les accords d’entreprise soit profitables aux employés, un rapport de force équilibré est donc nécessaire, notamment au sein des PME. «Sauf qu’il n’existe pas, s’inquiète Le Goff. C’est pourquoi une articulation entre accord de branche et d’entreprise est nécessaire. Rappelons que, dans le privé, 5 % des salariés sont syndiqués, et que la France compte 85 % de TPE.» Sans oublier les nouvelles catégories de travailleurs - autoentrepreneurs, indépendants, salariés en portage ou avec une activité intermittente -, plus précaires, qu’il va falloir protéger sans pour autant tirer vers le bas le niveau de protection des salariés «classiques». C’est même le grand défi du droit du travail de demain : s’adapter aux nouvelles modalités du travail, celles issues notamment de l’économie numérique - ubérisée.

Libération, le 1/09/15

lundi 31 août 2015

Un sacré coup de pouce au pouvoir d'achat

La baisse du prix du pétrole devrait réduire l'inflation de 0,5 point cette année. Autant de pris pour les ménages.



Le PIB de la France a peut-être fait du surplace au deuxième trimestre mais, depuis cet été, l'économie de l'Hexagone dispose d'une nouvelle bouffée d'oxygène. Libellé en euros, le prix du baril de pétrole a reculé de près de 35 % depuis début juin. Le premier effet de cette chute est d'améliorer les comptes extérieurs de la France. En tenant compte de la baisse intervenue depuis le début de l'année 2015, le pays économisera environ 15 milliards d'euros sur sa facture énergétique, selon les calculs effectués par Coe-Rexecode. Ainsi, le déficit de la balance commerciale pourrait approcher 40 milliards d'euros cette année, ce qui serait alors le chiffre le plus bas depuis dix ans.

Ces 15 milliards d'euros seront partagés entre les ménages, les entreprises et, de façon plus marginale, l'Etat. « Si l'on fait l'hypothèse que le prix du baril de pétrole restera au niveau de 43 dollars, alors l'inflation reculera de 0,5 point sur l'année 2015 par rapport à ce qu'elle aurait été si le prix du baril n'avait pas bougé », décrypte Denis Ferrand, directeur général de COE-Rexecode. « Cela représente un effet positif de 6 milliards d'euros sur le pouvoir d'achat des ménages en 2015. » Une somme appréciable dans un contexte où les salaires augmentent moins vite en France depuis quelques années, en raison de la hausse du chômage. Conséquence, le pouvoir d'achat devrait progresser rapidement et les économistes s'attendent à ce que la consommation grimpe de 1,7 % cette année. Celle-ci devrait tirer l'activité et devrait être le moteur de la croissance française, en tout cas plus que l'investissement public ou privé.

Les autres grands bénéficiaires de la baisse du prix du pétrole sont les entreprises, qui paieront moins cher le carburant, le chauffage et le pétrole quand cette matière première entre dans la fabrication de leurs produits. Comme elles vont aussi profiter de la montée en puissance du Crédit d'impôt pour l'emploi et la compétitivité (Cice) et des baisses de charges sociales liées au Pacte de responsabilité du gouvernement, leurs marges devraient grimper fortement en 2015. Toutefois, « il est difficile d'estimer l'effet favorable sur les entreprises car cela dépend des secteurs et de la politique de marges des différentes entreprises. Elles peuvent décider de baisser le prix de leurs produits ou alors de garder pour elles la baisse des coûts pour restaurer leurs marges pour réinvestir ou embaucher par la suite », explique Benoît Heitz, économiste à la Société Générale.

Quant à l'Etat, il profite, pour ses achats, de l'accès de faiblesse de l'or noir, puisque l'essence sera moins chère. Les taxes sur le carburant étant assises sur le volume et non pas la valeur, les recettes fiscales ne sont pas affectées, sauf via la TVA qui varie en fonction du prix d'un litre d'essence. Mais, d'un autre côté, c'est la baisse du prix du pétrole qui nourrit la reprise, ce qui entraîne de meilleures rentrées fiscales. Difficile donc d'en conclure que la chute du pétrole est défavorable à l'Etat.

Les Echos, 30/08/2015

Après le trou d'air du printemps, une reprise modérée se dessine à nouveau

Le moral des chefs d'entreprise est au plus haut depuis quatre ans. De quoi rassurer Bercy après la croissance zéro du deuxième trimestre.



Les patrons retrouvent le moral.

Calculé par l'Insee, qui interroge chaque mois 10.000 chefs d'entreprise sur leur ressenti de la conjoncture économique, le climat des affaires se situe à 100 points en août, c'est-à-dire exactement à sa moyenne de long terme.
En clair, les patrons commencent à voir l'avenir un peu plus rose qu'avant. Certes, l'amélioration est faible - l'indice de l'Insee n'a progressé que de 1 point en un mois - et « la barre des 100 points n'est pas un chiffre magique, c'est un seuil statistique », souligne Benoît Heitz, économiste à la Société Générale. Mais la dynamique, elle, reste positive. Le climat des affaires a grimpé de 6 points depuis le début de l'année et atteint désormais son plus haut depuis l'été 2011.

Plus en détail, la confiance des industriels est désormais bien installée au-dessus de sa moyenne de long terme, à 103 points. La baisse du prix du pétrole et la reprise chez nos voisins européens expliquent cet optimisme. Les chefs d'entreprises industrielles voient que leurs carnets de commandes se remplissent et jugent que les perspectives de production sont désormais favorables. Dans le commerce de détail aussi, le moral est bon, tiré, là encore, par la progression du pouvoir d'achat des ménages. Même dans les services, les chefs d'entreprise ne dépriment plus. Seuls les patrons du bâtiment broient encore du noir.

« L'enquête de l'Insee conforte l'idée que la croissance nulle au deuxième trimestre n'était qu'un trou d'air », estime Jean-Baptiste Pethe, économiste chez Exane BNP Paribas. Selon une récente étude du Trésor, un niveau de 100 pour le climat des affaires correspond à une croissance du PIB de 0,35 % en moyenne par trimestre, soit un peu plus de 1 % en rythme annuel. D'ailleurs, le ministre des Finances, Michel Sapin, a vu dans ces enquêtes la preuve que « la reprise se diffuse dans l'économie ». Cet indicateur « conforte notre prévision de croissance de 1 % en 2015, avec des créations d'emplois qui redémarrent progressivement », estime-t-il.

Une amélioration fragile

Comment expliquer ce retour d'optimisme chez les chefs d'entreprise ? « La reprise s'affermit en zone euro, même si elle reste fragile », note Benoît Heitz. « Ensuite, la baisse du prix des matières premières en général, et du pétrole en particulier, est positive pour l'activité. Elle va redonner du pouvoir d'achat aux ménages et permettre aux entreprises de baisser leurs coûts. Enfin, la baisse des prélèvements sur les entreprises est aussi bénéfique. Les meilleures perspectives de demande et l'amélioration des conditions de l'offre permettent d'anticiper une reprise, qui restera toutefois modeste », poursuit-il.

L'ampleur de la reprise fait encore débat. Interrogés par l'Insee, les industriels ont indiqué avoir revu à la baisse leurs investissements. Ceux-ci devraient progresser de seulement 2 %, contre 7 % de hausse attendus en avril dernier. Or, l'investissement doit prendre le relais de la consommation pour tirer l'activité lors des prochains trimestres. C'est la preuve que l'amélioration de la conjoncture reste fragile.

Les Echos, 28/08/15

Les inégalités de salaires, une clé du succès allemand

Le large éventail des rémunérations permet à la fois d’être compétitif et d’attirer les talents.

COMPÉTITIVITÉ

L’Allemagne pratique une politique salariale parmi les plus inégales d’Europe. C’est précisément une des clés de sa compétitivité. « En Allemagne, beaucoup de salariés gagnent très peu. Ce qui permet aux entreprises de contenir leurs coûts. En même temps, les travailleurs très qualifiés sont très bien rémunérés, notamment dans l’industrie, qui se veut haut de gamme. Ce qui permet au pays d’attirer et de conserver les talents », explique au Figaro Jean Pisani-Ferry, commissaire général de France Stratégie (organisme dépendant de Matignon), à l’occasion de la publication d’une étude sur les salaires des deux côtés du Rhin.

Rôle égalisateur du smic 

Depuis les années 1990, et encore plus depuis les années 2000, ces inégalités se sont creusées par le bas en Allemagne. À l’origine de ce phénomène : l’érosion du pouvoir syndical et les réformes entreprises par le chancelier Schröder, qui ont notamment assoupli la réglementation des « mini-jobs ». Pour autant, l’Allemagne compte à peine plus de « travailleurs pauvres » - dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian - que la France. Car outre-Rhin, les mécanismes de solidarité et le système de redistribution viennent compenser plutôt efficacement la faiblesse des salaires. « Avec l’arrivée du smic en Allemagne depuis le 1er janvier 2015, il y aura forcément un effet correctif sur ces inégalités », note Jean Pisani-Ferry.

En France, le schéma est tout autre. Le smic, revalorisé au fil des années, a joué son rôle égalisateur, surtout entre 1995 et 2005. Mais en matière de salaires de milieu de fourchette, les progressions sont médiocres, « ce qui traduit une faible reconnaissance salariale pour les qualifications moyennes », relève France Stratégie. Dans l’Hexagone, décrocher un premier job relève du parcours du combattant (le taux de chômage des jeunes atteint 25 %, contre 7,7 % en Allemagne !) et, une fois en poste, les perspectives d’évolution sont maigres.

« Il y a en France deux jeunesses : l’une surdiplômée, qui s’exporte, et l’autre sous-qualifiée, qui souffre », a déploré jeudi Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, lors de l’université d’été du Medef, consacrée à la jeunesse. « Il faut briser le tabou du salaire minimum pour les jeunes, a-t-il plaidé, et miser sur l’apprentissage. » Comme en Suisse : « Chez nous, à 15 ans, les deux tiers des jeunes sont en contrat d’apprentissage, de quatre ans en général, avec un diplôme et une carrière à la clé », a répondu, tout sourire, Mauro Dell’Ambrogio, secrétaire d’État suisse à la formation.

La preuve par l’exemple.

dimanche 30 août 2015

L'Inde, le pays où le chômage n'existe pas...

Bienheureux le pays où l'on ne compte pas les chômeurs. Sauf que ne pas disposer de thermomètre n'empêche pas d'avoir la fièvre.


On imagine sans peine à quel point le gouvernement français (et bien d'autres) en rêverait : échapper au traumatisme mensuel des chiffres du chômage parce qu'ils ne sont pas calculés... C'est la situation qui prévaut en Inde où l'on ne connaît pas le taux de chômage et où la question est à peu près absente du discours politique ou médiatique.

En cherchant bien, à dire vrai, on trouve un taux de chômage officiel, calculé... tous les cinq ans sur la base d'une collecte de chiffres à l'échelle du pays, le National Sample Survey. Les derniers chiffres remontent aux douze mois allant de juillet 2009 à juin 2010, et font état d'un taux de chômage pour l'Inde de 3 %. Un chiffre tellement faible que les économistes lui accordent une crédibilité nulle...

L'absence de données sur une composante aussi essentielle s'explique par plusieurs facteurs. « Historiquement, il n'y a eu aucun effort pour collecter ces informations parce que l'on pensait que l'agriculture absorberait toute la main-d'oeuvre », raconte Rajat Kathuria, directeur général du think-tank économique Icrier. Ensuite, dans les économies émergentes les notions d'emploi et de chômage peuvent être brouillées. « Quand il y a une vaste économie informelle, le chômage n'est pas un critère très pertinent, expliquait le vice-président du Plan, Montek Singh Ahluwalia, dans une conférence, on peut très bien continuer à s'occuper de sa ferme ou de sa boutique alors que son revenu s'est effondré. » Une idée exprimée un peu différemment par l'économiste Rajiv Kumar, ancien secrétaire général de l'organisation patronale Ficci : « Il y a une vieille plaisanterie : en Inde, personne n'a suffisamment de moyens pour se permettre d'être au chômage ! » En l'absence de toute indemnisation, quand il faut nourrir sa famille, on trouve toujours un job occasionnel, aussi misérable soit-il, si bien que l'oisiveté totale est rare. Troisième raison, enfin : la complexité de la collecte des données dans un immense pays de 1,2 milliard d'habitants. Il n'en demeure pas moins que l'indisponibilité de mesure fiable « est une honte pour les économistes, je plaide coupable ! », lance Rajiv Kumar, pour qui cette absence est d'autant plus dramatique que l'emploi « est le plus gros problème auquel nous sommes confrontés ! ».

La réalité du terrain est en effet très éloignée du plein-emploi. Le vrai problème, affirme Denis Medvedev, économiste de la Banque mondiale à Delhi, « c'est le sous-emploi qui est très élevé : les gens travaillent-ils assez d'heures ? Gagnent-ils un revenu suffisant ? » Les anecdotes abondent sur le chômage réel : tel économiste évoque les innombrables hommes assis à ne rien faire dans les rues des petites villes et des villages; tel autre raconte comment des instituts de formation en province engagent des diplômés de l'université comme enseignants pour 4.000 roupies par mois (56 euros), parce que ces jeunes ne trouvent rien d'autre. Le mois dernier, le recrutement de 1.500 employés par SBI, plus grosse banque du pays, a suscité 1,7 million de candidatures... Au total, il y aurait donc bien un très gros problème de sous-emploi dans le pays, que l'on peut aussi appréhender via l'énorme proportion de travailleurs « indépendants », évaluée à 51 % du total par la Banque mondiale.

A défaut de chiffres sur le chômage, ceux sur les créations d'emplois ne laissent pas d'être inquiétants. Une étude du think-tank Institute of Applied Manpower Research affirme qu'après avoir créé 60 millions d'emplois entre 2000 et 2005, l'économie indienne n'en a plus créé que 2,8 millions entre 2005 et 2010. Soulignant que la chute des effectifs dans l'agriculture (normale au stade de développement de l'Inde) a été entièrement absorbée par la construction (emplois précaires et sans qualification), l'institut estime que, a contrario, l'industrie a détruit 5 millions d'emplois entre 2005 et 2010 après en avoir créé 12 millions les cinq années précédentes. Ce qui amène l'IAMR à affirmer que « la croissance phénoménale enregistrée par l'Inde durant les cinq dernières années (2005-2010) a été une croissance sans emploi ».

Le caractère très spectaculaire de ces chiffres conduit certains économistes à douter de leur fiabilité, mais pas de la réalité des tendances. Le « Rapport sur l'économie » établi par le ministère des Finances déplore que « trop de grandes entreprises profitables préfèrent utiliser du personnel temporaire ou des machines plutôt que des salariés formés pour des emplois à long terme ». De fait, les grandes entreprises ne cessent d'augmenter la proportion de leur personnel intérimaire ne bénéficiant d'aucune prestation sociale, par opposition aux salariés de plein exercice. Résultat : 93 % des Indiens qui travaillent le font dans un cadre « informel », c'est-à-dire sans assurance santé, retraite ou autre. Ce qui s'expliquerait notamment par des lois sociales extraordinairement protectrices pour ceux qui ont la chance de bénéficier d'un statut : par exemple, aucune entreprise de plus de 100 salariés ne peut effectuer un licenciement sans l'autorisation de l'administration, ce qui relève de la mission impossible.

Nombre d'experts estiment que d'ores et déjà le taux réel de chômage est peut-être de l'ordre de 20 %. Or la population indienne continue à augmenter et ce sont 10 à 12 millions de nouveaux emplois qu'il faudra créer chaque année, un million par mois... Et si l'Inde n'y parvient pas ? « On dit souvent que les Indiens se satisfont de peu mais c'est une vision romantique, affirme Rajat Kathuria. Les attentes sont aussi fortes ici qu'ailleurs. J'ai peur de ce qui peut se passer. » Pas une si bonne idée que ça, l'absence de thermomètre...


Les points à retenir
En Inde, les derniers chiffres officiels disponibles remontent à 2009-2010, et font état d'un taux de chômage de 3 %, tellement faible que les économistes ne lui accordent aucune crédibilité.
Une étude récente affirme qu'après avoir créé 60 millions d'emplois entre 2000 et 2005, l'économie indienne n'en a plus créé que 2,8 millions les cinq années suivantes.
Nombre d'experts estiment que d'ores et déjà, le taux réel de chômage est de l'ordre de 20 %.

CORRESPONDANT À NEW DELHI PATRICK DE JACQUELOT 

LES ECHOS | LE 23/04/2013

jeudi 13 août 2015

La majorité des emplois vacants sont dans les TPE

Sur les 138.900 emplois vacants recensés fin 2013, 75.700 se situaient dans des très petites entreprises. Qu’ils soient en CDI, en CDD ou saisonniers, les postes fraîchement créés, inoccupés ou bientôt libres se trouvaient, à la fin de l’année 2013, en majorité dans les très petites entreprises (TPE), selon une étude du ministère du Travail (Dares).

Fin 2013, 138.900 emplois vacants France, petites, moyennes grandes entreprises secteur concurrentiel, étude ministère Travail.

Ces dernières, qui emploient moins de dix personnes, ne représentent pourtant que 20 % de l’emploi salarié. Sur les 138.900 emplois vacants dans le secteur concurrentiel au quatrième trimestre 2013, les entreprises de 1 à 9 salariés en concentraient 75.700, soit 54,5 % du total. Au total, le taux d’emplois vacants était de 2,4 % dans les TPE, « presque cinq fois plus que les entreprises de 10 salariés ou plus (0,5 %) ».

La raison serait démographique : environ un million de TPE existent en France, contre quelques 200.000 entreprises de plus de dix salariés, selon la Dares. Dans les moyennes et grandes entreprises, pour lesquelles des données pour le quatrième trimestre 2014 sont disponibles, le taux d’emplois vacants varie entre 0,3 et 1 % selon la taille. Au total, dans les entreprises de plus de 10 salariés le taux d’emplois vacants était de 0,6 % à la fin de l’année 2014, soit 72.800 postes à pourvoir, en légère augmentation par rapport à l’année précédente (+0,1 point).

Cette petite hausse succède à trois années consécutives de baisse. Ces « postes à pourvoir », ne doivent pas être confondus avec les « postes non pourvus », qui illustrent les difficultés de recrutement des employeurs et font régulièrement l’objet de polémiques en cette période de chômage de masse.

Les emplois vacants, recensés par le ministère du Travail dans cette enquête, sont« une photographie à un instant T des emplois prêts à être pourvus », explique Hadrien Clouet, doctorant au Centre de sociologie des organisations. Fin 2013, 138.900 emplois étaient vacants en France, dans les petites, moyennes et grandes entreprises du secteur concurrentiel, selon une étude du ministère du Travail. - Shutterstock 8/13/2015

Comme le souligne la Dares, ce stock de postes à pourvoir à un moment donné « peut résulter du fonctionnement normal du marché du travail » et il « ne correspond pas à la baisse du chômage que l’on pourrait obtenir en pourvoyant tous les emplois non pourvus ». Les difficultés de recrutement des entreprises sont quant à elles assez difficiles à évaluer. 

En 2013, le Conseil d’orientation pour l’emploi les avait estimées à près d’un million : 570.000 offres mettraient plus de trois mois à être pourvues et 400.000 seraient retirées au bout d’un an, faute de candidat idéal. ­ 

Les Echos, 12/08/15

vendredi 7 août 2015

Décathlon va implanter des magasins grand public en Inde

Décathlon est déjà présent en Inde à travers le commerce de gros. Grâce à l'assouplissement de la réglementation, la marque vient d'obtenir le feu vert de l'administration indienne pour ouvrir des magasins de détail.



Déjà présent en Chine, où il compte une cinquantaine de points de vente, Décathlon, le géant européen de la distribution d'articles de sport, s'apprête à intensifier sa présence en Asie, cette fois en Inde. Le Foreign Investment Promotion Board, organisme chargé de donner son feu vert aux investissements étrangers dans ce pays, s'est réuni la semaine dernière avec, à l'ordre du jour, quatre dossiers de distributeurs étrangers monomarques, dont trois français.

Tous ont été acceptés, marquant une nette accélération de l'arrivée des distributeurs internationaux depuis l'assouplissement récent de la réglementation. Le gouvernement indien les autorise désormais à détenir 100 % de leur filiale en Inde, au lieu des 51 % maximaux qui prévalaient jusqu'à l'année dernière.


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100 millions d'investissement

Le dossier le plus significatif à avoir reçu un feu vert est donc celui de Décathlon. Le FIPB a accepté son projet d'ouverture de magasins pour le grand public, pour un montant d'investissement substantiel, de l'ordre de 100 millions d'euros. Le groupe, filiale de l'Association familiale Mulliez (AFM), n'est pas un nouvel arrivant en Inde. Décathlon mène en effet depuis quelques années une implantation progressive. Ne voulant pas ouvrir son activité à un partenaire indien, il a, pour se faire, choisi la seule voie alors ouverte aux étrangers pour détenir 100 % de leur société en Inde : le commerce de gros, dit « cash & carry ».
Dans ce cadre, Décathlon a ouvert trois magasins, deux à Bangalore et, plus récemment, un à Bombay, accessibles aux commerçants détaillants, aux collectivités, ou encore aux entreprises. Le feu vert de l'administration indienne lui permettra de détenir également 100 % de ses futurs magasins monomarques. Le projet de Décathlon est de loin le plus important depuis le feu vert donné fin janvier au distributeur de meubles suédois Ikea, qui prévoit, lui, 1,5 milliard d'euros d'investissements dans les années à venir.

A savoir :

Promod ouvrira une qinzaine de boutiques en Inde

Du fait de la nouvelle réglementation, « tout le monde dans la distribution monomarque se sent pousser des ailes », constate Sumit Khosla, spécialiste de la distribution au sein de la société de conseil Accuracy. Une situation qui contraste avec le secteur de la grande distribution multimarque, où aucun projet n'a été déposé depuis que l'entrée des opérateurs étrangers dans des entreprises détenues à 51 % y a été autorisée, en septembre dernier. Dans la foulée de sa décision sur Décathlon, le FIPB a autorisé l'entrée en Inde de la marque de vêtements Promod. Celle-ci veut investir 4,5 millions d'euros pour ouvrir une quinzaine de boutiques dans un premier temps. L'enseigne a préféré conserver le modèle traditionnel de la coentreprise et détiendra 51 % des opérations aux côtés de la société indienne Modex Trading. Enfin, le troisième projet français approuvé est celui du fabricant de matériel de cuisine haut de gamme Le Creuset, qui contrôlera totalement son activité en Inde.

Les Echos, 07/2013

dimanche 2 août 2015

RH : comment les entreprises devraient gérer le choc des générations X,Y et Z




Le cabinet de recrutement Hudson publie une étude sur la confrontation des générations X,Y, Z dans le monde du travail. Et délivre quelques conseils aux entreprises qui devraient, selon lui, se préparer à un nouveau style de dirigeants.
Demain, les entreprises seront confrontées à quatre générations ensemble.

A chacune sa liste de clichés. Les babyboomers, nés entre 1946 et 1964, seraient "persuasifs, extravertis et décideurs" tandis que la génération Y, née entre 1980 et 1994, serait peu travailleuse et égoïste. Quant à la pauvre génération X (1965-1979), elle est sacrifiée, tout autant que les Z (nés après 1994) qui arrivent tout juste parfois sur le marché du travail. Après avoir sondé 28.000 professionnels dans le monde, le cabinet Hudson en tire quelques conseils à l'égard des entreprises souvent confrontées aux quatre générations.

Un nouveau style de management

Pour Hudson, les styles de management de ces générations sont très différents. Les baby-boomers sont imbattables pour diriger et donner la bonne direction aux équipes. A l'opposé, les Y ont une perception différente de l'entreprise et sont plus enclins à persuader qu'à diriger. Dans unenvironnement volatil et incertain, ils sont moins tournés vers la stratégie que leurs aînés. Pour eux, il y a moins de frontières entre le privé et le professionnel. Les X apparaissent, eux, comme ambitieux et prenant en compte progressivement les enjeux humains et sociaux. Dans ce paysage, Hudson encourage les DRH à faire travailler les générations ensemble et à avoir en tête les qualités de chaque génération lors des recrutements.

LSA, le 29/01/15

vendredi 31 juillet 2015

La consommation des ménages marque le pas

Les dépenses des ménages stagnent depuis deux mois.Alors que le moral des patrons ­ne progresse plus, les doutes sur le rythme de la reprise resurgissent.


Ce n’est peut-être qu’une petite alerte sur le rythme de la reprise qui pointe son nez. Mais des indicateurs publiés ces derniers jours montrent que l’amélioration de la situation économique en France reste fragile. Au mois de mai, la ­consommation des ménages en biens n’a progressé que de 0,1 % après avoir stagné au mois d’avril. L’Insee table d’ailleurs sur une ­consommation des ménages totale – comprenant les services – de seulement 0,2 % au deuxième trimestre. « On voit que l’alignement des astres, c’est-à-dire la baisse du prix du pétrole, la dépréciation de l’euro et les taux d’intérêt faibles, ne peut être que temporaire », souligne Denis Ferrand, directeur général de COE-Rexecode. « Dès que l’effet pétrole s’estompe, les relais font défaut. Les Français ne peuvent pas consommer plus puisque l’emploi ne s’améliore pas encore. La situation du marché du travail et l’investissement, qui sont toutes deux liées, seront les clefs de cette reprise », insiste-t-il.

« Il n’y a pas de réel trou d’air », tempère pour sa part Benoît Heitz, économiste à la Société Générale. « La consommation a été très forte au premier trimestre et elle ne pouvait pas continuer à croître sur le même rythme. Il ne fallait pas s’emballer sur les chiffres du premier trimestre. » Sur les trois premiers mois de l’année, la consommation des ménages a bondi de 0,9 %, soit 3,6 % en rythme annuel, grâce à la baisse du prix du pétrole qui a permis au pouvoir d’achat de progresser rapidement. Mais, depuis mi-mars, le prix du baril de brut est remonté. La confiance des ménages, publiée par l’Insee est d’ailleurs stable depuis trois mois à 94 points, en dessous de sa moyenne de long terme qui se situe à 100. C’est un coup d’arrêt à une hausse quasi continue puisque, entre octobre 2014 et avril 2015, cet indicateur avait progressé de 8 points.

Déprime subjective

L’autre enquête qui inquiète certains économistes est celle du climat des affaires. Calculé par l’Insee, le moral des patrons a aussi marqué une pause en juin, à 97 points, c’est-à-dire en dessous de sa moyenne de long terme, qui est de 100. « Ce qui est frappant, c’est l’absence de ­confiance dans tous les secteurs de l’économie sauf la distribution. Or il n’y a pas de raisons objectives à cette déprime », estime Patrick Artus, chef économiste de Natixis. « Avec la baisse du coût du travail, les marges de l’industrie sont revenues à leur niveau de 2006. Cette décorrélation entre la situation des entreprises et le ressenti des patrons est une spécificité très française. En Italie, le moral des chefs d’entreprise a fortement grimpé depuis l’automne dernier », ajoute-t-il. Il est vrai aussi que, depuis 2012, les différents gouvernements ont annoncé l’imminence d’une reprise qui n’est jamais venue. D’où la prudence des chefs d’entreprise français, régulièrement échaudés. Bref, « cette année, l’activité économique sera seulement plus forte qu’en 2014, qui était une année de quasi-stagnation », conclut Benoît Heitz.

Les Echos, 30/06/2015

samedi 25 juillet 2015

L'Oréal, Gillette, Unilever... 13 entreprises sanctionnées pour entente sur les prix

L'Autorité de la concurrence a prononcé deux amendes d'un total de 950 millions d'euros contre 13 fabricants des secteurs de l'entretien de la maison et de l'hygiène. 

Des rasoirs Gillette dans un magasin à Washington, en 2013. (Kristoffer Tripplaar/ Sipa)










L'Autorité française de la concurrence a prononcé jeudi 18 décembre deux amendes d'un montant cumulé de 950 millions d'euros à l'encontre de 13 des principaux fabricants du secteur de l'entretien/hygiène/beauté pour une entente sur les prix entre 2003 et 2006. 

- La première amende, d'un montant de 345,2 millions d'euros, concerne le secteur de l'entretien de la maison, et vise notamment les sociétés Colgate-Palmolive, Henkel, Unilever, Procter & Gamble. 

- La seconde, d'un montant de 605,9 millions d'euros, vise plusieurs fabricants de produits d'hygiène dont les mêmes entreprises que pour la première entente, ainsi que L'Oréal et Gillette notamment. 

Ces entreprises ont été condamnées pour avoir coordonné "leurs politiques commerciales auprès de la grande distribution et en particulier pour s'être concertées sur les hausses de prix", a indiqué jeudi l'Autorité de la concurrence lors d'un point presse. 

L'Oréal très lourdement condamné 

La plupart des entreprises ne contestent pas les faits qui leur sont reprochés, deux d'entre elles (SC Johnson et Colgate-Palmolive) ayant même été à l'origine de la découverte de l'affaire, et ayant de ce fait bénéficié d'une exonération totale ou partielle d'amende. 

L'Oreal bien que ne figurant que dans une seule des deux affaires, est le groupe qui a été le plus lourdement condamné avec une amende de 189 millions d'euros, du fait de la part majoritaire qu'il détenait sur le secteur de l'hygiène-beauté au moment des faits. 

Vient ensuite Unilever, présent dans les deux affaires, avec une amende totale de 173 millions d'euros. 

Unilever et L'Oréal ont fait savoir qu'elles feraient appel de cette sanction auprès de la Cour d'appel de Paris, la considérant totalement disproportionnée". L'Oréal "réfute toute accusation d'entente avec ses concurrents".

L'Obs, 18/12/2014

lundi 25 mai 2015

INSEE - Tableau de bord de la conjoncture en France



La conjoncture économique française en 15 graphiques , mis à jour en continu. Au troisième trimestre 2014, le PIB augmente de 0,3 %, la consommation des ménages en biens diminue de nouveau (-0,9 % après –0,5 %), la confiance des ménages gagne 2 points et l’emploi marchand recule au troisième trimestre 2014.


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