mercredi 17 septembre 2014

Les seuils sociaux en entreprise

Le 28 mai dernier, le ministre du Travail François Rebsamen se prononçait en faveur d'un gel temporaire des seuils sociaux et des obligations liées à l'accroissement du nombre de salariés. Un discours conforté par le Premier ministre Manuel Valls quelques jours plus tard, en annonçant le lancement de discussions entre les partenaires sociaux sur le sujet. Ce mercredi 20 août, François Hollande a fait savoir son intention de légiférer sur la question si les représentants patronaux et syndicaux ne parviennent pas à trouver un accord.

Concrètement, les seuils sociaux impliquent un certain nombre de changements dans l'entreprise au fur et à mesure que le nombre de salariés augmente. Selon les patrons, ces charges s'avèrent être trop lourdes et plombent le potentiel de développement des entreprises. Les syndicats progressistes (CFDT, CFTC, CFE) avaient fait part en avril dernier de leur ouverture sur le sujet. La CGT, en revanche, estime que les seuils apportent la garantie du dialogue social dans le lieu de travail.

L'Entreprise a recensé les seuils sociaux les plus emblématiques pour les entreprises. Pour lire cette infographie, il suffit de survoler les balises disposées à côté de chacun des seuils. Des liens ont été intégrés pour aller plus loin.



L'Express - L'enteprise - 22/08/14

Le travail en France, 30 ans d'instabilité croissante

En 30 ans, l'instabilité s'est propagée sur le marché du travail. L'Insee publie une étude montrant que les emplois sont devenus plus précaires et plus instables, notamment pour les plus fragiles.


La France, pays figé? A l’heure où le Medef surenchérit, jusqu’à la provoc, dans ses propositions de libéralisation du marché du travail, l’Insee revient judicieusement, dans une étude publiée ce mercredi, sur la flexibilisation de l’emploi dans l’Hexagone depuis 30 ans. 

Selon l’institut, la part des formes particulières d’emploi (FPE, qui incluent l’intérim, les CDD, les contrats aidés et l’apprentissage) est passée, dans le privé, de 5% en 1982, à 13% en 1998. Soit une multiplication par près de trois en 15 ans. Depuis, elle a stagné. Mais la «fluidité» du marché a pris d’autres formes. En effet, parallèlement, le taux de rotation des salariés a explosé. Cet indicateur, qui mesure, sur un an, les entrées et les sorties dans les entreprises, est passé de 32% en 1982, à 125% en 1999, puis à 177% en 2011... Autrement dit, pour cette dernière année, explique l’insee, «pour 100 salariés présents à un moment donné, il y a eu en moyenne, sur un an, 177 entrées et sorties (y compris celles d’un même salarié dans un même établissement)».

Alors que depuis 1998, la part des FPE dans l’emploi privé s’est stabilisée, la poursuite de la hausse du taux de rotation est en réalité due à la réduction drastique des embauches en CDI et à la division par trois de la durée des FPE. En effet, alors qu’en 1982, 50% des embauches se faisaient en CDI, les contrats à durée indéterminée n’en représentent plus, 30 ans plus tard, que 5%. A la place, les employeurs privilégient les contrats précaires, et notamment les contrats de moins de trois mois, qui constituent la très grande majorité des embauches aujourd’hui.

«Surreprésentés parmi les salariés qui occupent des types d’emploi à fort taux de rotation», selon l’insee, les jeunes sont de plus en plus rejoints par les seniors. Ainsi, la part des plus de 55 ans en CDD est passée de 2% en entre 1990 et 1994, à 5% entre 2007 et 2011. Ce chiffre monte même à 8% pour les plus de 60 ans. Et parmi les seniors en CDD, 27% sont sous contrat de moins d’un mois, contre 16% seulement pour les moins de 30 ans.

Concernant les métiers, ce sont les mêmes dix familles (manutentionnaire, professionnel des arts et spectacles, employé de l’hôtellerie-restauration) qui sont en tête depuis 20 ans. Sauf qu’entre temps, leur taux de rotation a été multiplié par 5. Et «parmi les sept familles professionnelles à plus fort taux de rotation, six concernent des ouvriers non qualifiés», précise l’Insee. A noter, par ailleurs, que le plus fort taux de rotation s’observe chez les professionnels des arts et des spectacles, profession qui a peu recours à l’intérim, mais où«un tiers des postes sont occupés par des salariés sur des contrats de durée moyenne d’à peine plus d’une semaine».

Cette flexibilisation à la française depuis 30 ans reste néanmoins «réservée» aux précaires, donnant naissance à un marché du travail de plus en plus dual. «Le fonctionnement du marché du travail se rapproche d’un modèle segmenté, où les emplois stables et les emplois instables forment deux mondes séparés», note l’Insee. Un monde où «les emplois instables y constituent une « trappe » pour ceux qui les occupent, la diminution continue sur 30 ans des transitions vers l’emploi en CDI attestant de cette segmentation».

Libération, 17/09/2014

vendredi 12 septembre 2014

Rupture du contrat de travail : quel droit pour le salarié ?

Préavis, indemnités, congés, formation, chômage... Chaque mode de rupture du contrat de travail donne des droits spécifiques aux salariés.

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/emploi/conseils-emploi/infographie-rupture-du-contrat-de-travail_1570579.html#iZHeXexYtqhydAAs.99




Par LEXPRESS.fr
publié le 03/09/2014

vendredi 22 août 2014

Vente de fruits et légumes: «le marché règne en maître»

Raymond Girardi, le secrétaire général du Modef, revient sur la situation des maraîchers français. Ce jeudi matin, le syndicat agricole organise une vente de produits au «prix juste» pour sensibiliser les consommateurs.

 

Comme tous les ans (ici en 2011), une vente de fruits et légumes frais directement aux consommateurs est organisée place de la Bastille.


Faute de prix rémunérateurs, le nombre de producteurs de fruits et légumes a été divisé par deux en quinze ans. C’est le constat alarmant du Mouvement de défense des exploitants familiaux, le Modef. Pour alerter l’opinion publique, le syndicat agricole organise son opération annuelle de vente à prix coûtant. Jeudi matin, dès 8 heures, cinquante tonnes de tomates, melons, poires ou pommes de terre débouleront dans la capitale, place de la Bastille, et dans la couronne parisienne. Le but : dénoncer «la concurrence déloyale» dont sont victimes les maraîchers français, selon Raymond Girardi, le secrétaire général du Modef qui accuse la grande distribution.
Vous défendez les paysans qui peinent à vivre de leur travail. La faute aux exportations?

La situation n’est pas nouvelle. Les maraîchers sont régulièrement confrontés à des difficultés en raison de la concurrence des pays comme le Maroc, l’Espagne ou encore ceux d’Europe centrale. Mais cette année, la crise est encore plus dure. Depuis six mois, les sociétés d’importation et les centrales d’achat recourent beaucoup plus à l’importation et n’achètent plus nos marchandises. Les productions de la saison estivale – les pêches, nectarines, salades – en pâtissent. La pression sur les prix est accentuée et les volumes de vente sont en chute libre. En France, les quantités sont globalement stables. Nous avons un peu plus de pêches et de nectarines que l’an passé, mais d’autres productions, comme la pomme de terre, sont à la baisse. En Espagne par contre, la hausse est plus marquée sur les fruits et les Espagnols ont tendance à brader leurs stocks à cause de la crise que subit le pays. Aujourd’hui, la double tarification (l’application à l’export d’un prix de vente plus faible que celui du marché national, pour être compétitif, ndlr) est pointée du doigt, mais c’est une tare que l’on traîne depuis des années, au même titre que les marges utilisées par les distributeurs pour nous racketter.
En quoi les marges de la distribution sont-elles «abusives»?

Les grandes enseignes sont des copies conformes. A l’exception de Super U, dont le comportement d’achat est plus respectueux, les cinq grands groupes leaders ont la même logique: toujours aller au moins cher. Ce sont des financiers! Les tomates importées, par exemple, sont achetées 40 ou 50 centimes le kilo. Ce prix est ensuite imposé aux producteurs français par les centrales d’achat. Or, pour que ces derniers s’en sortent, il faudrait, selon les cours, qu’ils les payent entre 75 centimes et un euro minimum. Les maraîchers français sont donc rémunérés en dessous de leurs coûts de production. Rappelons que la Politique agricole commune ne prévoit rien pour eux, sauf quelques exceptions sur des produits spécifiques: le pruneau, les tomates de conservation, la banane, le tabac. Le marché règne en maître.
Qu’est-ce que le «juste prix»?

C’est le prix maximum qui devrait être pratiqué dans tous les magasins de distribution sur les produits frais et de premier choix. Prenons l’exemple de la tomate vendue en petit volume. Son prix de vente devrait avoisiner le 1,5 euro le kilo. Cela permettrait de dégager une marge normale pour le producteur (90 centimes), payer le conditionnement (12 centimes) et le transport (5 centimes), le reste revenant au distributeur. Or, aujourd’hui, le kilo de tomates coûte entre 2 et 3 euros dans les rayons, au détriment des consommateurs et des producteurs.
Peut-on pour autant se passer de la distribution?

La grande et moyenne distribution représente 80% du marché des fruits et légumes. Le reste passe par les marchés et les petites épiceries. La part des circuits courts est très faible, environ 1%. Bien sûr, nous sommes pour le développement de la vente en direct, mais nous ne rêvons pas, nous savons très bien que cela restera marginal. C’est compliqué de gérer à la fois la production et la distribution. Dans les zones rurales, certains réussirent à le faire, en famille. Mais nous sommes d’abord des paysans, pas des épiciers. Le message a surtout une portée symbolique, c’est une manière de sensibiliser les consommateurs.
Quelles sont vos solutions?

La France produit entre 63 et 65% de ces besoins en fruits et légumes, alors qu’il y a trente ans, le pays était exportateur net. Un exemple: l’Espagne produit 300 000 tonnes de fraises par an et n’en consomme que 100 000. La France en produit seulement 25 000 tonnes, alors qu’elle a aussi besoin de 100 000 tonnes. Notre pays est pourtant béni des dieux pour l’agriculture ! L’enjeu central reste la limitation des importations. Certes, l’Etat n’a pas le droit de faire du protectionnisme et de fermer les frontières, mais d’autres moyens d’action sont possibles. Nous appelons notamment les autorités à agir contre les importations illégales sur le plan sanitaire. Aujourd’hui, chaque pays est maître de sa propre réglementation en termes d’utilisation de produits phytosanitaires. Or, la France est très en avance sur ce volet. Des centaines de produits reconnus nocifs ont été interdits au cours des trente dernières années. C’est une bonne chose pour les Français. Malheureusement, ils continuent à consommer des produits traités avec ces produits considérés comme illicites par la France, à cause des importations. C’est le cas du Lindane, un insecticide interdit depuis vingt ans, que de nombreuses firmes continuent de produire, et qui est donc utilisé un peu partout. C’est non seulement dangereux, mais c’est aussi une concurrence déloyale car ces vieux produits sont très efficaces et ne sont pas chers. Nous demandons qu’un cahier des charges plus précis des produits importés soit demandé par les autorités pour un meilleur contrôle.
Quel enseignement tirez-vous de la crise de l’embargo russe?

Certains ont tendance à en faire l’explication centrale, c’est un peu l’argument qui arrive juste à point. Il est clair que l’embargo russe est un handicap, mais la crise était déjà là. Reste que 750 millions d’euros d’exportation en moins, ce n’est pas rien. L’effet sera direct, puisque des marchés sont perdus, mais aussi indirect, car les autres pays européens confrontés à la même situation, vont nous inonder de leurs produits. La pression sera encore plus forte. En réponse, les 125 millions promis par l’Union européenne restent symboliques par rapport au préjudice. On parle tout de même de 12 milliards d’euros d’exportations françaises agricoles et agroalimentaires en Russie en moins.

Libération, 21/08/2014

dimanche 10 août 2014

Manager autrement, c'est possible !

Le management hiérarchique classique n'est pas la seule manière de faire fonctionner une entreprise. On peut aussi se passer totalement de "petits chefs". Mais attention : un tel fonctionnement est aussi en réalité plus contraignant et plus exigeant pour les salariés concernés.

En Picardie, la fonderie Favi conçoit et produit des pièces en alliages cuivreux. Avec un effectif de 500 salariés, c'est le leader européen des fourchettes de boîtes de vitesses, et sa productivité exceptionnelle lui permet d'exporter même en Chine.

Comme tous les soirs, Christine nettoie les locaux de l'usine. A 20 h 30, le téléphone sonne. Elle décroche. Au bout du fil, un homme lui explique qu'il vient d'atterrir à Roissy, qu'il a rendez-vous avec le directeur général (DG) de Favi le lendemain matin et que personne n'est venu le chercher. Christine lui fixe un lieu de rendez-vous, prend une voiture de service - dont les clefs sont en libre accès pour le personnel - et va le récupérer pour le conduire à son hôtel près de l'usine. Après cette balade de 300 km, elle termine son ménage et rentre chez elle. Le lendemain, c'est par hasard que le DG de Favi apprend comment son hôte - un ingénieur de Fiat - a pu se rendre à l'usine. Christine n'en a parlé à personne et personne ne lui en parle. Jean-François Zobrist, le directeur général de Favi, explique "si vous ne sanctionnez ni ne récompensez les actions des gens, ces actions deviennent normales, banales."

Des histoires du même genre, Isaac Getz, professeur à l'ESCP Europe, en a recueilli des centaines autour du monde (voir "En savoir plus"), dans des entreprises dont les modes de fonctionnement sont différents, mais qui reposent sur des principes identiques : une "égalité intrinsèque" de tous les collaborateurs et le respect de la capacité de chacun à trouver lui-même des solutions aux problèmes rencontrés quotidiennement dans l'entreprise.
Supprimer les petits chefs et les contraintes inutiles

Ces principes de responsabilité et de liberté ne sont cependant crédibles que s'ils sont respectés dans tous les domaines et à chaque minute. Quelques mois après avoir pris son poste chez Favi, Jean-François Zobrist a supprimé toutes les pointeuses. Cette marque de confiance a fait d'ailleurs gagner du temps à l'entreprise, puisqu'auparavant un petit groupe se formait en fin de journée près de la machine dix minutes avant l'heure, prêt à foncer vers la sortie. Le nouveau DG avait passé beaucoup de temps dans les ateliers pendant la période où il était en double avec son prédécesseur. Il en avait déduit que les ouvriers étaient parfaitement capables de régler eux-mêmes leur machine. Il a donc supprimé les postes de régleur. Chacun assurant le contrôle qualité de sa propre production, les techniciens occupés auparavant à cette tâche ont pu être affectés à des emplois plus productifs.

Ce mode de management qui considère les ouvriers de production comme des personnes responsables de leur organisation, de leur travail et de l'atteinte de leurs objectifs, éliminant tout flicage, était préconisé en particulier par Douglas McGregor, un sociologue de l'Ecole des relations humaines, qui dénonçait, au début des années 1960, la vision taylorienne de l'ouvrier paresseux, fuyant les responsabilités, résistant au changement et indifférent à son entreprise. Pour lui, les salariés conformes à cette description (qu'il nomme "Théorie X") réagissent simplement à la façon dont l'organisation les traite. Il propose une "Théorie Y" basée sur l'idée que "la motivation, la faculté de faire preuve d'ingéniosité et de créativité dans la solution des problèmes organisationnels sont largement partagées au sein de la population". Et il en déduit que "le travail essentiel des managers est de créer les meilleures conditions possibles pour que chacun réussisse à atteindre ses propres objectifs". Le match McGregor contre Taylor s'est cependant terminé par la victoire du second (même si ce taylorisme a été rénové dans les années 1980 avec les méthodes japonaises de production)… sauf dans des entreprises comme Favi ou comme Morning Star, en Californie.
"Virez tous les managers !"

La Morning Star Company détient 40 % du marché de première transformation de la tomate aux Etats-Unis. Ses activités vont de la cueillette des légumes à la livraison des jus, ketchups et sauces diverses. La principale particularité de cette entreprise est de fonctionner sans aucun manager. Chaque "associé" a une mission dont il est seul responsable. Il est libre d'acheter des outils ou des machines, et c'est à lui de s'assurer les coopérations qui lui sont nécessaires et de coordonner ses activités avec celles de ses collègues. Chaque année, ils se mettent d'accord entre eux sur leurs relations réciproques et consignent le résultat de ces négociations par écrit (la culture américaine du contrat explique cette pratique, qui serait sans doute considérée comme bureaucratique et inutile chez Favi).

S'il est placé devant un choix délicat, l'associé consulte ses collègues - pour un gros investissement, la discussion peut impliquer 20 ou 30 personnes -, mais il reste pleinement responsable de la décision finale. Si un désaccord survient entre deux "associés", ceux-ci font appel à un collègue en qui ils ont confiance et qui sert de médiateur. Et ce n'est que dans le cas où la médiation échoue qu'ils portent le différend devant le président, seule autorité institutionnelle de l'entreprise.

Chez Morning Star, on applique de façon logique et radicale les idées de Peter Drucker, le plus grand des auteurs du management du XXe siècle : "Les profits de l'entreprise viennent du client, donc de l'extérieur de l'entreprise. A l'intérieur, il n'y a que des coûts. Tout ce qui ne rend pas directement service au client est inutile." Et coûteux, peut-on ajouter. Un cadre revient trois fois plus cher qu'un ouvrier. Dans une société qui compte un manager pour dix salariés, 23 % de la masse salariale vont donc à l'encadrement. Avoir supprimé les managers permet ainsi à Morning Star de donner à tous ses "associés" des salaires supérieurs de 10 % à 15 % à ceux du marché. Chez Favi, les ouvriers, payés eux aussi à un niveau supérieur à celui du marché, touchent chaque année quinze à seize mois de salaire, selon les résultats de l'entreprise.

Les hiérarchies intermédiaires ne constituent pas seulement un surcoût, elles compliquent les processus de décision. Les collaborateurs passent une partie importante de leur temps à réunir, élaborer et présenter les éléments qui permettent aux "chefs" de comprendre avant de décider. Il faut ensuite rendre compte de ce qui a été fait ; encore du temps perdu, puisqu'il n'est pas consacré à la production et aux clients. Sans parler de la frustration des employés qui auraient le plus souvent pu décider, seuls, en quelques minutes.
Des organisations plus réactives

Les enjeux de ces modes de management en termes de réactivité, de coût et de qualité vont donc bien au-delà de la simple amélioration des conditions de travail. Les entreprises traditionnelles reconnaissent d'ailleurs l'avantage de ce type d'organisation horizontale : pour réaliser un projet important, elles constituent souvent des petits groupes ad hoc dont les membres travaillent sur un pied d'égalité. Ingénieur chez DuPont, Bill Gore avait constaté l'efficacité de ce mode de fonctionnement et déploré que chacun reprenne sa place dans la hiérarchie une fois l'opération terminée. Aussi, quand il a créé sa propre entreprise - Gore & Associates, surtout connue pour son produit phare le gore-tex -, il avait refusé d'afficher un organigramme ou de donner des titres : tout le monde est "associé" et chacun doit trouver sa place en utilisant au mieux ses compétences. La première mission d'un nouvel embauché est de gagner la confiance de ses collègues.

Une organisation dans laquelle chacun dispose d'une grande liberté et du pouvoir de prendre des décisions qui engagent le collectif tout entier est-elle accessible à tous ? Le processus de recrutement y est nécessairement plus sélectif qu'ailleurs : embaucher un nouveau collègue, c'est parier qu'il s'adaptera bien au fonctionnement de l'entreprise et participera positivement à son ambiance et à sa réputation. La pression sociale est ensuite très forte sur chaque individu : celui-ci ne travaille pas sous l'oeil distant d'un chef qui ne maîtrise pas forcément les savoir-faire qu'il met en oeuvre, mais sous celui de ses camarades, qui ne laissent rien passer. La "régulation par les pairs" ne supporte pas la médiocrité. Et lorsqu'il n'y a ni titre ni grade, chacun n'est respecté que pour la qualité de son travail, sa fiabilité et sa loyauté envers ses collègues et l'organisation dans son ensemble.
Part des salariés confrontés à des comportements facteurs de stress en 2003 et 2010, en %



Tout le monde ne peut pas s'adapter à ce type de fonctionnement. Chez Morning Star, chaque candidat est reçu en entretien par une dizaine d'associés. Malgré cette sélection sévère, la moitié des nouveaux arrivants restent moins de deux ans dans l'entreprise. La plupart de ceux qui abandonnent ne supportent pas de ne jamais pouvoir commander.

Marc Mousli
Alternatives Economiques n° 323 - avril 2013

En savoir plus

Liberté & Cie. Quand la liberté des salariés fait le succès des entreprises, par Isaac Getz et Brian Carney, Fayard, 2012.
"La fonderie Favi, un leader mondial qui croit en l'homme", par Jean-François Zobrist, patron "naïf et paresseux", compte rendu de la séance du 22 novembre 2012, Ecole de Paris dumanagement (www.ecole.org/fr/seances/SEM642).
"First, Let's Fire all the Managers", par Gary Hamel, Harvard Business Review, décembre 2011, pp. 48 à 60.

30 ans de chômage de masse



Depuis trois décennies, le taux de chômage en France n'est que rarement descendu en dessous de 8 %. Les créations d'emplois ont été insuffisantes pour absorber l'essor de la population active, dopée par l'entrée sur le marché du travail des femmes et des générations du baby-boom. A de rares exceptions près - la mise en place des 35 heures en 2000 -, les politiques des gouvernements qui se sont succédé durant cette période ne semblent avoir eu qu'un impact marginal sur la courbe du chômage.

Le chômage de 1975 à nos jours


Evolution du taux de chômage

Moyennes trimestrielles en %


Des territoires inégaux face au chômage

Taux de chômage localisés au 2e trimestre 2013, corrigés des variations saisonnières





Les créations d'emplois n'ont pas suivi l'augmentation de la population active

Evolution de la population active (par tranche d'âge) et du nombre d'emplois au 31 décembre en France, en millions


La crise a fait bondir le chômage…

Taux de chômage, en %


… et a allongé sa durée

Taux de chômage de longue durée (plus d'un an), en %



La proportion des actifs croît, celle des personnes en emploi stagne

Taux d'activité et taux d'emploi depuis 1975, en %


Alternatives Economiques Hors-série n° 099 - décembre 2013

jeudi 7 août 2014

Sanctions économiques : Poutine riposte et ferme ses frontières

Le chef de l'Etat russe a ordonné l'interdiction ou la limitation pour un an des importations de produits agroalimentaires en provenance des pays qui ont sanctionné la Russie.

Vladimir Poutine lors d'une réunion de son cabinet, le 30 juillet près de Moscou. (Photo Alexei Nikolsky. AFP)

Le président russe Vladimir Poutine a ordonné ce mercredi d'«interdire ou de limiter pour un an» les importations de produits agroalimentaires en provenance des pays ayant mis en place des sanctions économiques contre la Russie, a annoncé le Kremlin dans un communiqué.

«Afin de protéger les intérêts nationaux de la Fédération de Russie (...), j’ordonne d’interdire ou de limiter pour un an les importations sur le territoire russe de certains types de produits agricoles, de matières premières et de produits d’alimentation» en provenance de pays qui ont «décidé de mettre en place des sanctions économiques» contre la Russie, a déclaré Vladimir Poutine, cité dans le communiqué.

L’Union européenne a imposé ce mercredi un gel des avoirs et une interdiction de voyager concernant notamment deux associés de la Banque Rossia et proches du président Vladimir Poutine. L'UE a aussi décidé de l’interdiction de nouveaux investissements dans l’exploitation du pétrole, du gaz et des minerais en Crimée et à Sébastopol ainsi que dans les infrastructures des projets de transports et de télécommunications de la région.

Des sanctions supplémentaires touchant les marchés, les banques, la vente d’armes et le transfert de technologies liées à l’exploitation pétrolière devraient être publiées au Journal officiel de l’UE jeudi ou vendredi et entrer en application à la fin de la semaine.

TOMATES

La Russie est importatrice nette de produits agroalimentaires. Le montant de ses importations en ce domaine représentait 16,9 milliards de dollars en janvier-mai 2014, contre des exportations d’une valeur de 7,1 milliards USD, selon les dernières statistiques officielles. Ces chiffres concernent les échanges de la Russie avec le reste de la planète, au-delà des seuls pays qui ont imposé des sanctions récemment contre elle.

Les pommes, les bananes, les tomates, les pommes de terre, ainsi que la viande et le poisson représentent la plus grande part des importations agroalimentaires russes, selon la même source. 

Moscou est souvent accusé d’utiliser l’arme commerciale, notamment en invoquant des motifs sanitaires, comme moyen de pression diplomatique sur ses voisins.

Depuis le renforcement des sanctions occidentales à son encontre, la Russie avait déjà interdit quasi quotidiennement l’importation de nouveaux produits alimentaires sur son territoire sous couvert de «protection des consommateurs».

Ainsi, la Russie a décidé mercredi de limiter ses importations de viande de Roumanie et d’animaux d’Italie, de Bulgarie et de Grèce en raison de la découverte de maladies, après avoir déjà décrété un embargo sur les fruits et légumes en provenance de Pologne en raison de «violations répétées» de la validité des certificats.

Libération et AFP, 7/08/14